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Au Sommeil des Éclipses

St Alban

« Au Sommeil des Éclipses »

Urbain Huchet

Urbain Huchet

C’était une brume suave et cotonneuse qui enveloppait tout, s’infiltrant dans le corps qui en  ressentait  un certain bien-être.  Paris connaît, en effet, la chance de vivre les quatre saisons  et si l’hiver y est un peu long, il se décompose en une variété de climats qui vont du froid sec et rude au petit crachin que transpire un air humide et doux.  Quelle tristesse , en effet, que ces lieux où un invariable soleil divise le temps entre les deux seules alternatives que sont la saison sèche et la saison des pluies n’offrant aux émotions que le cadre monotone  d’un confort peu propice à envelopper l’âme des caprices de la nature.

L’automne s’annonçait avec son charme, ses parfums  si particuliers. Oh, comme la terre sent bon en automne aux arômes de tourbe et de champignons. Et cette brume pénétrait mon corps pour se diluer dans mon cerveau en une inhalation calmante d’une souffrance trop longtemps supportée.

Au bois de Boulogne où je redécouvrais au niveau endémique les émerveillements de l’automne, ce dont j’avais été privé depuis vingt ans car partageant ma vie entre Paris et des pays lointains, je quittais tous les ans la France pour deux mois sitôt après l’indispensable été passé en Bretagne, ce fut un besoin profond que de marcher journellement une heure au triomphe des couleurs de l’automne. Comment, alors, ne pas s’imprégner au tréfonds  de soi-même de cette pensée magnifique dont le nom de l’auteur  m’a  malheureusement depuis longtemps échappé :

“ Une feuille qui tombe est une leçon de Sagesse  “….Impressionnant et salutaire !

Et pourtant, je regardais, récemment, une tige de rosier ou une feuille allait tomber …et j’y ai vu des bourgeons….. Énigme de la vie et de la mort.

Profonde tendresse de l’automne dans son romantisme morbide  et ces jours paresseux qui deviennent des soirs et cela ferait penser au repos s’il n’était la brûlure du passé, s’il n’était la fin d’une vie.

Alors, l’avenir  n ‘offrait plus que  nuit et sommeil dans la cruauté du souvenir et il était évident  que ce qui était impossible à penser  était impossible a réaliser. Toute éclaircie devenait impensable et ce avec d’autant plus de gravité que le désespoir porte malheureusement en lui une certitude qui est le refus de l’adoucissement.

Je tournais en rond.

Je vivais l’écroulement d’une vie faite de vingt ans de mille bonheurs sans n’avoir pourtant  jamais été véritablement heureux. Je m’étais créé une Reine qui embellissait tout au prix de mille soucis, je créais mon émerveillement en fermant les yeux et mes délices d’Amour étaient sourds aux montées de l’orage mais toujours éclataient les soleils quotidiens que nous emprisonnions en nous tenant par la main.

N’est-il pas étrange que nous ayons tant de mal à accepter  les idées simples ?

Car je croyais à l’Amour comme les jeunes enfants croient au Père Noël, merveilleuse puissance du créateur naïf qui fait de son rêve le matériau de base sur lequel il va créer !…….Et j’ai créé mon Amour avec naïveté, passion et mysticisme. C’était beau. Comme nous allons le voir, c’est ce qui m’a perdu et c’est paradoxalement ce qui va me sauver.

Il faut que je marche. Je ne fais pas assez d’exercice. Le corps s’engourdit si l’esprit s’enrichit d’une vie contemplative où la descente en soi-même pour y trouver la Vérité révèle à chaque instant des  émotions insoupçonnées. Nous y reviendrons.

Il y a au Bois de Boulogne deux lacs dont l’un est réservé aux évolutions des petits bateaux. Yachts miniatures et autres voiliers, chalutiers, cargos et paquebots de rêve que l’on porte  sous son bras. C’est le but de ma promenade. J’ai marché quelques temps bousculant les feuilles mortes, c’était la cour de l’école où au mois d’Octobre, je faisais pendant la récréation, virevolter les feuilles mortes tombées des platanes tandis qu’avec le camarade le plus intime s’échafaudaient les rêves à réaliser et les fantasmes enfantins générateur d’exploits en tous genres.

Je violais l’intimité du bois en m’appropriant ses silences. Un écureuil aussi surpris que moi s’enfuit brusquement après une longue réflexion. La terre est douce à mon pied, complice et maternelle.

Enfin le bord du lac. Les navires sont à poste et certains voiliers naviguent déjà. Des vibrations et l’amertume d’une nostalgie génère un lointain pareil à un rêve aux aumônes spontanées et aux richesses éparpillées partout à l’épiderme de l’eau. Une dizaine de voiliers régatent pilotés par des capitaines aux doigts agiles sur les commandes radios. Ils sont ailleurs, dans leur monde, ils revivent des courses passées, ils ressentent au fond d’eux-mêmes l’assaut des vagues sur la coque, le coup de gîte que provoque une risée ou une saute de vent. Personne ne dit mot. Les pieds sont à terre mais leur âme est sur l’eau. Ils naviguent aux rivages d’un monde indéfini, bien ancrés sur terre si devant eux le voyage est au loin.

Retour à la maison, la faveur accordée. Les jours sont loin où je faisais  mon jeu d’être bercé par les flots, il va pleuvoir, il faut presser le pas. L’assistance d’une bonne pipe favorise l’émergence d’un confort intérieur. C’est alors une autre humanité où règne le fantôme de la solitude.

Richesse du marcheur solitaire, dichotomie intérieure qui me fait vivre ailleurs si je suis pourtant ici, souvenirs par lesquels je m’émeus de sensations vieilles de plusieurs dizaines d’années mais qui portées par la mémoire revivent avec une telle réalité qu’elles recomposent un présent toujours plus ou moins douloureux car tous les souvenirs sont plus ou moins empreints d’amertume.

Je marche dans Paris l’esprit voguant sur l’Amazone, j’en retrouve les parfums lourds et opiaces sous la chape de plomb de Belém, la  suffocante Mexico où le permanent insaisissable et obséquieux sourire de l’asiatique. Je marche seul apparemment car le souvenir a le pouvoir d’interférence  aussi bien sur les personnes que sur les lieux et je vais en une  seconde visualiser des Etres de toutes oppositions que je n’ai pas vu depuis des dizaines d’années. Paradoxale omniprésence de l’Absente imprégnée de regrets et de remords, image souvent plus réelle que celle vécue pendant la vie commune. Comme l’essence de l’Amour est dans la communication constante, l’absence absolue est insupportable.

Voilà à quoi je pense quand je marche seul, à ces milliers de flashes qui assaillent puis disparaissent à la vitesse de l’éclair.

Je parlais de la  richesse du marcheur solitaire, comme tout fut différent quand je me retrouvais chez moi !

Un des avantages que je trouve chez moi, et ils sont nombreux, c’est que les distances sont beaucoup plus réduites qu’au bois et à Paris et il y a moins à marcher. En plus, bien que vivant seul, à chaque retour, je m’y sens accueilli. En effet, la multitude d’œuvres d’art et d’objets de toutes provenances qui ont ponctué ma vie a créé une ambiance telle que chaque objet se révèle avoir une personnalité propre, pratique et une pensée, disons le mot, objective. C ‘est la profonde honnêteté de l’objet que son immuabilité avec sa fidélité car de sa propre initiative, l’objet ne quitte que pour mourir alors que l’Etre qui quitte l’autre change d’image, ce qui explique que les morts sont toujours plus beaux qu’ils n’étaient de leur vivant et que l’Absente est parée des superlatives qui lui étaient inconnus dans la vie a deux.

J’avais opté pour la solution la plus facile : Le Sacrifice, qui est en fait la solution de ce qui n’a pas de solution. Si l’on peut s’illusionner sur l’efficacité d’une telle stratégie en face d’un être humain, on la sait dérisoire vis a vis de l’objet.

J’allais être avec mille surprises, éclairé sur ce point.

Si me sacrifier me convient puisque aussi bien, c’est entériner un fait, ce sera en outre la version officielle de celui qui ne veut pas brûler ce qu’il a adoré.

Je trouvais sur ce point, chez moi les relents d’un obscurantisme voulu, tacite et peut-être concerté. La communion qui existait entre mes objets et moi, certes, ne se fissurait pas mais semblait se diluer dans l’accoutumance à une abdication assaisonnée de déprime qu’aggravait la fuite en avant par le biais du travail. Serait-il possible que je sois contesté ?

Le travail tel que je le vis n’a d’intérêt qu’en ce que son existence n’est constituée que par sa seule essence. Je le veux de la sorte échappant aux critiques mais répandant sur mon âme un baume qui me donne bonne conscience. Je le dédiais a l’Etre Aimé, providentiel alibi, je me devais  maintenant de le dédier à ceux qui y participent par leur seule existence, j’entends mes créations et les plantes et les animaux qui sont heureux chez moi dans une fidélité qui tient à l’osmose puisqu’ils ne me quitteront que par leur destruction ou leur mort. J’entamais alors dans un climat latent de contestation encore inavouée  une sorte d’assemblement synoptique du vécu de ces Etres qui me devenaient les plus chers. Je les avais créé de mes mains et tous étaient nés chez moi. Je leur avais donné sinon une âme  mais un pouvoir de souffrir comme de faire souffrir et s’ils ne pouvaient manifester leur amour, du moins pouvaient-ils consoler. Ils étaient pour moi la plus belle justification du travail passé, présent et à venir. C’est donc par mon travail que je trouverai dans mes créations des facteurs de plénitude et d’intérêt de vie.

Je réalisais que par cette fronde qui se manifestait par un climat pesant, tout un petit monde exprimait son Amour et sa détermination à me sauver. Celui-la, au moins, ne m’abandonnera pas.

Il est bon d’être attentif aux signes.

Je décidais donc de me consacrer à ma nouvelle famille, celle qui jamais ne me trahira et avant toute chose d’éliminer de ma vie les toxines qui l’empoisonnent  à commencer par les importuns, les médiocres et autres inutiles faiseurs d’histoires qui me faisaient perdre un temps plus opportun à consacrer à la connaissance de l’Amour vrai.

Je me détachais  de la télévision et je restais plus de trois semaines sans allumer la fausse lanterne faussement magique et laissant de côte la vanité des discours de la radio, je ne me berçais que de musique classique et quelquefois de jazz ce qui était pour moi un fortifiant, la musique classique, mes requiems et mes opéras ayant journellement présidé à ma vie créatrice et cela depuis plus de cinquante ans. Je revalorisais mon intime contact avec mes plantes (Je n’ai jamais de fleurs coupées, je n’aime pas assister à leur agonie.) et puis les poissons de mon bassin puis j’entrepris d’ériger un lotissement pour les oiseaux du ciel en leur bâtissant sur ma terrasse des petits chalets ou ils viennent maintenant presque à heures fixes pour le gîte et le couvert.

J ‘ai la chance d’avoir une très grande terrasse qui entoure mon atelier, je puis donc assister à l’évolution de ce petit monde tout en travaillant. Dans peu de temps, ce sera le printemps et les oiseaux chanteront. (Pas les poissons rouges …)

Quand je réalise qu’il y a chez les plantes et les animaux des choses si belles, mon plus haut vœu est d’échapper à ce que la création a de désespérant. On ne voit presque plus de papillons, maintenant, c’est comme pour l’Amour, les contrefaçons abondent.

J’ai du dormir une semaine entière si j’en crois la date inscrite dans une petite lucarne dans le cadran de ma montre.

L’empreinte de mille pensées qui m’avaient assailli, des nuages lourds chargés de tristesse maculant encore le fardeau de mon intelligence et de mes souvenirs pour s’évanouir a la lumière blanche d’une nouvelle journée qui semblait générer une convulsion de vie pourchassant la pesante idée du suicide. Mon âme semblait trouver fortuitement une immense pâture, un miroir plein de facettes dont chacune représentait une vie. Tout, dans mon appartement semblait composer un  poème sans fin. Un grand silence régnait tout autour de moi si profondément que je me laissais aller à une douce rêverie où mes impressions suivaient graduellement de nuance en nuance la naissance du jour et de la lumière.

Passant la main sur mes yeux pour en chasser le sommeil et conjurer la léthargie provoquée par les pensées qui m’avaient déchiré le cœur, j’entrepris de prendre à nouveau contact avec mon petit monde que je chérissais plus que jamais.

L’appartement était d’une netteté rare, de celles qui ne durent que peu de temps après le passage hebdomadaire de la femme de ménage et il s’y éveillait comme un avant goût de printemps et un imperceptible fourmillement d’une vie inhabituelle qui semblait faire vibrer toute chose. J’adhérais volontiers à cette heureuse évolution des choses et entamais comme chaque matin au réveil mon petit tour du propriétaire ou je salue avec tendresse tout mon petit peuple.

Monsieur Albert, mon majordome, accepta mon salut avec une condescendance narquoise mais pleine de tendresse. Il ne dit mot bien que ce sera lui qui, bientôt, me contera par le menu l’étrange coup d’état. Monsieur Albert est, pour nous, de petite taille et mesure environ un mètre, la même taille que le Lonesome cow-boy, la négresse verte, le nègre rouge et certains autres. .

Il faut dire qu’une étrange communauté s’était constituée dans cet appartement situé à Boulogne-Billancourt accroché à la ceinture même de Paris. J’ai habité cet appartement pendant près de quarante ans avec de très nombreuses échappées aux antipodes. J’y ai vécu beaucoup seul sous les marques indélébiles laissées successivement par deux épouses qui y ont occupé la place prépondérante de celle qui régit l’âme du foyer en y insérant la marque d’un Amour ou de ce qui aurait du l’être. Mes fréquentes absences  firent que ce havre d’Amour et de souvenirs se trouva presque automatiquement sous la gestion de ses occupants qui, pour leur propre sauvegarde  autant que pour la mienne, prirent possession des lieux.

Monsieur Albert, comme je l’appris par la suite, avait donc pris en charge, non seulement la gestion des lieux mais la responsabilité et la survie de l’esprit d’Amour qui y avait toujours prévalu.

A l’étage inférieur, un arbre véritable, un Ficus majestueux imposa sa présence au milieu du long living room. Monsieur Ficus règne la depuis près de quarante ans. Il voit tout et semble protéger tout le monde d’une végétale philosophie. Il perd régulièrement ses feuilles vite remplacées par de jeunes pousses aux couleurs tendres et pleines d’espérance.

Fondamentalement sédentaire et assigné à résidence, il couvre sans mot dire les rares avènements qui régissent les lieux. Il connaît  son apothéose pendant la période des fêtes de fin d’année où des centaines de petites bougies rouges, bleues et blanches pendent à ses branches comme si elles y avaient poussé et que des milliers d’étoiles d’or et d’argent planent sur sa verdure jusqu’au sommet où est fixé une plus grande étoile, majestueuse éclatante de dorure.

Il est alors bien ému.

Monsieur Ficus est indispensable dans la vie du foyer car c’est principalement lui qui régénère l’oxygène de la maison. Discrétion même, Monsieur Ficus a abrité de ses branches de douces soirées de tendresse et de beaux moments d’Amour mais il n’en a jamais parlé.

Près de la baie vitrée s’épanouit un bananier qui se plait bien ici. Comme les autres bananiers qui peuplent l’appartement, il fait des bébés et apporte la Vie. Quelques autres plantes vivent ici une existence paisible. Elles s’observent les unes les autres dans un pacifique destin. L’ambiance est bonne.

Au milieu de cette verdure, vivent certaines de mes créations, sculptures de toutes tailles, qui se sont trouvées chacune dans son coin leur raison d’être pour mon plus grand bonheur. Il y en a de grandes comme le cow-boy qui caracole sur son cheval en chantant dans un étrange silence quelque nostalgique mélopée texane,  des plus petites comme le boxeur qui s’est récemment cassé un pied, le crocodile qui fait semblant de dormir, la tortue qui bouge peu et Moise qui du haut de son étagère interprète la Voix Divine, il y a, elle est de la taille de Monsieur Albert, la négresse verte qui voit tout, le pélican blanc (espèce très rare) dont le corps est en corail de Floride tandis qu’immuable sur la table de glace le Snake-Charmer tente, imperturbable, d’éveiller un hypothétique serpent.

Ils sont nombreux à composer ce petit monde sur lequel règne Monsieur Albert. Plusieurs sont perchés sur les étagères ou nichés entre les livres mais tant d’autres sont absents car ils travaillent à Paris dans une galerie de la rue de Seine. Nous avons souvent des pensées pour les autres membres de la famille qui sont restés en Amérique. Certes, ils vivent la bas sous la garde du frère de Monsieur Albert, lui c’est le chambellan reconnaissable a son gilet rayé. Comme son frère Albert, Monsieur Gaétan a entrepris de mettre toute son action sur une situation délicate pour s’y créer son bonheur. A la tête d’une petite tribu, ils ne sont en Floride qu’une petite dizaine, c’est en apôtre qu’il a entrepris de faire survivre la passion de l’Amour qui s’épanouissait  autant aux douceurs de la maison de Floride qu’au plus gris des climats parisiens.

J’aurai dans les pages qui vont suivre amplement l’occasion d’introduire les quelques personnes qui liront ces lignes dans cet étrange petit monde des objets. Ils se présenteront eux-mêmes par le biais de leurs émouvantes initiatives, de l’expression de leurs opinions perpétuellement à la recherche de mon seul bonheur.

Si le monde tolère le malheur, je me demande si ce n’est pas pour le façonner à son image et pour en médire en attendant la chute. C’est dans un esprit de fin de chasse, lorsque dans l’attente de la curée je croisais les bras sur ma poitrine, jetant dans les reliefs de mon Amour je ne sais quoi de grave qui rendait ma passion plus profonde et plus pure, je me réfugiais dans la méditation et le travail. J’abandonnais le village à ses habitants que j’entendais parler à voix basse subodorant que je devenais l’objet d’un débat. Je partais donc dans un incertain voyage au cours duquel des pensées soudaines tombaient dans mon cœur à travers les nuages dans une pâle et douce luminosité.

Le fait même que le monde existe fait   qu’il existe obligatoirement un monde plus parfait que lui. Monsieur Albert, depuis des années, avait eu tout le temps pour réfléchir à tout cela. En son for intérieur, il luttait contre l’absurdité des raisonnements superficiels qui prônaient la soumission à un destin funeste sans réaliser que cela entraîne une cascade de conséquences aggravantes. Comme  on le sait, les objets parlent de multiples langages et se les répètent entre eux. Il communiquait aisément avec le vent, la pluie, le soleil et c’est surtout avec la brume que ses conversations prenaient un sens mystique et mystérieux car elle savait tout apaiser. Il avait souffert de la séparation d’avec certains membres de sa famille d’objets mais il s’était résigne a l’incapacité, comme tout un chacun, de choisir son propre destin mais sa faculté de pouvoir a tous moments communiquer avec tous et quelle que soit la distance lui permettait de discuter avec les éléments de la nature et surtout la mer avec laquelle il était très proche vu que sa configuration a base de pièces de marine commettait en lui des joies et des remords de mer.

Il faut savoir, en effet,  que dans la cinquantaine de sculptures qui forment notre famille, toutes ont été issues de matériaux marins.

Il s’est donne comme mission sur terre de trouver dans son monde le  monde le plus parfait. Il souffre des injustices et prend a cœur les malheurs d’autrui. Le lien profond qui l’oblige vis a vis de moi qui l’ai mis au monde le rend particulièrement sensible au malheur qui m’accable aussi bien s’est-il mis en tête de trouver la solution et le climat de tristesse qui régnait dans l’appartement  n’a fait que dynamiser sa détermination.

Depuis qu’il vit dans cet appartement au milieu d’une foule d’objets, tous, pour une raison ou une autre, chers a mon cœur, il a connu tellement d’heures dorées ou la quiétude et l’Amour bénissaient une invitation  au festival de ce monde, les arcs en ciel luisaient si vivement et si exactement que l’on pouvait prévoir le moment ou ils seraient a leur apogée, les roses s’émerveillaient sur la terrasse et des dizaines d’amis venaient a la fête. Dans le basin, sous les nénuphars, les poissons rouges faisaient des bébés, on rêvait de bals imaginaires avec des ours blancs marchant sur leurs pattes de derrière en prenant des airs distingues.

Maintenant, plus aucune gaieté, le blé est moissonne, il ne reste plus sur terre que le chaume dessèche.

Je le sais, Monsieur Albert n’aime pas cela. J’ai entrevu, ces jours derniers, au petit matin, la brume se dissiper avec cette discrétion qui lui est familière mais, comme si de rien n’était, Monsieur Albert était à son poste. Pour moi, des nuages s’entassent sur les nuages dans l’affairement du travail bénéfique, pourquoi est-ce que je reste tout seul a la porte ?

Monsieur Albert, je le sais, n’a cure de ces jérémiades, mes absences couvrent ses entretiens de tous genres et ses déplacements virtuels. La mer, je ne l’ignore pas, l’a accueuilli  dans son eau bleue du bleu du plus beau bleuet la ou elle est transparente comme du cristal. Il y trouve sa place, le climat, la pertinence et les avis salutaires a son apostolat dans ces hauts-fonds de sable ou poussent des plantes et des algues les plus étranges dont les tiges et les feuilles sont si souples qu’elles ondulent au moindre mouvement de l’eau car, elles aussi comme Monsieur Albert, elles sont vivantes et, dans son monde, elles savent s’émouvoir. Il n’y a pas de doute qu’il recueille ici beaucoup de sagesse.

Des poissons aux mille couleurs l’ont raccompagne en  se glissant entre les branches.

A la maison, certains objets avaient change de place.

Il me sembla alors, qu’un souffle mystérieux passait sur notre ruche. Au cours de mes allées et venues, j’ai l ‘habitude de converser avec tel ou tel au hasard de mes passages devant tel objet, telle plante ou tel animal. Les oiseaux du ciel n’ont Pas encore acquis cette familiarité, cela viendra  et des qu’ils me voient, ils vont se réfugier dans les plus grands arbres de la terrasse d’ou ils observent tout simplement si je viens distribuer les graines…

Passant devant mes deux orangers qui hivernent dans l’atelier, je les avais mainte fois félicite sur la centaine de petites oranges, certaines de la taille d’un petit pois, qu’ils se préparaient a m’offrir pour le printemps. Elles grossissaient de jour en jour et voilà que mes amis semblaient s’être mis au repos. Je leur parlais et les caressais. Je dois, bien entendu, chercher une explication dans la subtilité de mon imagination. Je reçus, certes, de l’amour mais pas d’explication. Les arbres de la terrasse, sapins, laurier, chevre-feuille et autres, trop occupes par leurs bourgeons naissants ne laissèrent transparaître aucun état d’âme particulier et même les travailleurs de la famille, ceux qui s’exposent dans la galerie rue de Seine, n’annonçaient aucune bonne nouvelle car depuis  quatre mois que nous vivions dans le malheur, ils n’avaient réalise aucune v ente.

Il faudra que j’aille leur rendre visite car il est vrai que je ne les vois pas souvent et le fait que je travaille tout le temps, non seulement n’est pas une excuse suffisante, mais a pourtant déjà, dans notre famille, fait naître un soupçon de desinteressement qui a provoque la cassure essentielle.

Mon père qui savait quelquefois être un grand sage me disait souvent en parlant de la femme aimée :   « Tu peux la faire rire, tu peux la faire pleurer, mais ne la fais jamais bailler ! «

Comme il avait raison ! Je travaillais dix heures par jour trois cent quarante jours par an aveugle aux bâillements de l’Etre Aime. Cela, pourtant ne justifie pas tout.

Oh, combien quelquefois, l’artiste trop sensible paie cher la puissance intellectuelle dont il  est investi, à cause de la passion et du travail. Il faut pourtant que j’aille rendre visite aux travailleurs dans leur galerie.

Mon sieur Ficus avait perdu beaucoup de feuilles  et avait quelque peu jauni, un jeune bananier était mort malgré tous les efforts que je fis pour lui redonner sa verdure. Cela me fit de la peine et connaissant les liens entre les membres de notre petite famille, je craignais la contagion. Ces temps derniers, je cassais la glace du bassin pour oxygéner les poissons, je leur donnais même a manger leurs produits favoris qu’ils délaissaient, ce qui ne me frappa pas outre mesure ayant déjà observe que lorsqu’il fait trop froid, ils refusent les mets qu’ils chérissent en temps normal.

Était maintenant l’hiver.

Était aussi l’hiver dans mon cœur et dans notre petite communauté. Pourtant je continuais a communiquer mon âme a mes amis plantes, animaux et objets. A force de les contempler, je  connaissais a chacun sa physionomie, son caractère et c’est vrai qu’ils  me parlaient. Par un rayon de soleil, ils se coloraient,  polissaient ou brillaient me surprenant toujours par des effets nouveaux. Maintenant, je me retrouve contemplatif comme un  bénédictin dans sa cellule, solitaire devant ma toile ou la feuille blanche a l’écoute des voies confuses de l’inspiration et c’est dans leur amours et leur fidélité que je retrouve la seule consolation et ma seule récompense est peut-être seulement dans mon travail alors que ma chimère était dans  l’Amour pour la femme, chimère que je caresse encore et qui me fuit toujours.

Tous cela explique comment et combien je m’identifie aux mouvements intimes de la vie de mon petit peuple, je deviens partie intégrante  de leur existence virtuelle ou instinctive et pénètre leurs secrets.

 

Venu de nulle part, le gendarme se manifesta et obtint une place d’observateur discret. C’est une sculpture de petite taille puisqu’il ne mesure que quarante centimètres. Il est très fier de son chapeau de gendarme parallèle sur sa tête  une énorme moustache rousse horizontale aux extremitees  amoureusement cirées. Il n’a jamais lâché le guidon de son vélo toujours à ses cotes. On l’appelle le gendarme parce qu’il est le seul. Vous le trouverez facilement, il est poste dans l’atelier près des bougainvillées sous une feuille de bananier.

Le voyage incertain auquel je m’abandonnais laissant mes amis dans  e qui me semblait être un quelconque désarroi me donnait l’opportunité de sonder leur personnalité ou, tout du moins, de tenter de comprendre ce qui rendait ces objets aptes a créer, fut-il pour mon bonheur, ce mystérieux climat fait d’Amour et d’insaisissable.

La negresse verte est  de la plus grande taille des membres de la famille comme Monsieur Albert et quelques autres que j’ai déjà cite. De par sa nature, son esprit a des réminiscences africaines comme c’est le cas pour le negre rouge, un très gentil garçon haut d’un mètre dont la principale responsabilité est de prendre soin de ma casquette favorite qu’il garde sur la tête quand je n’en ai  pas besoin.  Je  sens des reproches de sa part quand je n’en ai pas besoin. Il répond au nom de negre rouge parce qu’il est de couleur rouge et a incontestablement la physionomie d’un africain. C’est le frère du travesti qui est de la même taille mais qui compense la nudité de l’acier par des dentelles et des colliers de perles. Quelques autres africains font partie de la famille, quelquefois de plus petite taille comme la negresse bleue, personnalité insouciante de quelques cinquante centimètres, l’étudiante noire de la même taille, le trumpet-player qui joue du cornet a piston entre son pantalon rouge et sa toque  de groom.  L’Africain  queen était très grande et très belle mais elle nous a quitte depuis longtemps pour une autre famille. Une indissoluble fraternité  unit tous les membres de la famille au point que ceux que leur destin a entraîne vers d’autres horizons participent  toujours étroitement a  la permanence de l’esprit commun.

Nous comptons aussi dans notre petit univers des représentants d’autres races comme  des indiens d’Amerique et des indiens des indes. Nous avons même une bretonne en sabots…

Tous ce petit monde se comprend fort bien tandis que, perdu dans leur Amour pour moi, je suis, parfois, désempare.

 

Investi, malgré moi, par le cote insolite d’une si attachante situation, j’envisageais alors d’avoir recours  aux illusoires lumières de quelque voyante lorsque je ressentis l’autoritaire prise en mains de la négresse verte sous le pouvoir de laquelle mon incertain voyage allait prendre une coloration inattendue. Il y a des vibrations que la désespérance produit dans    l ‘âme qui donnent de la ferveur aux aspirations de l’esprit. L’Amour et le désespoir ne sont-ils pas des chemins de l’Extase ?

J’entamais alors, inconsciemment et soumis une intemporelle relation en des contrées indéfinies conscient de l’affectueuse bonté qui en était à la source.

Dans la pièce où je me trouvais, je fus surpris de me voir face à plusieurs dizaines de statuettes aussi disparates que possible les unes par rapport aux autres, toutes de taille moyenne et abondamment polychromées. Je reconnus tout de suite la silhouette de Johnny Walker que j’aurais cru exclusivement consacre au whisky. Tout le monde connaît, en effet, ce gentleman aux bottes noires et pantalon blanc, vêtu d’une jaquette rouge et qui va a grands pas avec l’arrogance que lui donnent sa cane a pommeau et son chapeau haut de forme. Non loin d’une représentation de Notre Dame de Lourdes en chasuble blanche et ceinture bleu ciel, le visage auréole d’étoiles se tenait un grand chef de quelque tribu de peaux rouges. Il était plus grand que les autres élaborait avec ostentation et fierté une coiffure faite de plumes multicolores qui magnifiaient son  visage pour descendre jusqu’au bas de son dos. J’ai vu, couvert d’or, le Bouddha placide au ventre nu et rebondi. Il y avait Saint Georges terrassant le dragon, Saint Antoine et son cochon et le Christ flagelle voisinant Saint Sébastien perce de flèches.  On ne sait pourquoi, un peu blasphématoire, une tour Eiffel faisait, comme toujours, son effet.

Je n’énumererai pas tous les personnages statufies qui se trouvaient dans cette pièce, cela allait de Napoléon a Jeanne d’Arc avec une profusion de rois negres qui voisinaient Mickey Mouse

Des photos cadrées de personnalités défuntes comme la Princesse Diana  jouxtaient curieusement  avec celle de la bien vivante Reine Elisabeth.

Plusieurs dizaines de personnes  de type africain, toutes habillées de blanc, les femmes portant de longues robes blanches, remplissaient la pièce dans une évidente bonne humeur. J’appris alors par une vieille femme édentée que l’Esprit qui animait ma chère Négresse Verte était celui d’u ne princesse africaine decedee voici cent dix huit ans au Togo, que plusieurs des éléments de type africain de mon petit peuple étaient habites par d’importants défunts d’Angola et de la Cote d’Ivoire. Je ne tardais pas à apprendre de la bouche même de la Baba que l’Esprit d’un grand sage et grand chirurgien chinois disparu voici cinq cents ans habitait et expliquait Monsieur Albert. Et tout cela me paraissait très bien.

La Baba était une femme noire assez grosse, sans age. Elle resplendissait d’une incommensurable douceur. Elle portait une longue robe blanche rehaussée de plusieurs épaisseurs de dentelles blanches également. De son cou pendaient en cascade plusieurs rangées de perles blanches, verroteries sans autre valeur qu’une symbolique prétention> Avec une infinie gentillesse, elle faisait tout pour me mettre a l’aise et, de fait, je m’étonnais d’ère parfaitement détendu. Je découvris que de nouvelles lumières jaillissaient du cœur, que le temps n’est pas venu de prendre retraite  dans une amère et silencieuse obscurité. Une nouvelle contrée se découvrait avec ses merveilles dans le brouillard de ma peine et avec une avidité impie, mon petit peuple violait le sanctuaire de ma souffrance pour me sauver et venaient à mon secours avec le cérémonial d’un roi.

C’était un grand jour, on attendait Hu Ching Vu. Non pas que sa venue ait été programmais elle paraissait comme l’événement profondément approprie à la circonstance. C’était, paraît-il, l’Esprit de ce grand philosophe et chirurgien chinois universellement répute voici cinq siècles. Sa Parole était de Sagesse, de fine Politique et de profond réconfort.

Un petit orchestre de trois musiciens était arrive portant calebasse et autres instruments de percussion. Les hommes étaient vêtus de blanc  et effectuèrent timidement et comme en sourdine ce qui dans un orchestre symphonique eut fait penser a une recherche puis une mise au point d’accords. La Baba, alors alluma un cigare dont elle aspira quelques bouffées rejetant des volutes de fumée qui jouaient le rôle qu’en des circonstances comparables tient la fumée d’encens. Le cigare, alors, passe de bouche e n bouche avant que d’autres cigares n’apparaissent entre les doigts de quelques participants.

Semblant se mouler à la musique encore timide qui s’annonçait dans le brouhaha des conversations, les volutes de fumée épousaient les rythmes naissants. Une atmosphère timide et épicée commençait a envelopper une assistance se préparant a  livrer au corps ce que sont a l’âme les plaisirs mystiques après lesquels je me sentais soupirer encombre du poids de ma culture. Pendant ces minutes, les objets et les hommes évoluaient devant moi comme vêtus d’une livrée, l’impuissance était assise a mon cote jugeant mon amour blesse comme un amour vulgaire.

Les rythmes prenaient force sur le frisson ambiant, les percussionnistes s’agitaient, leurs longs bras effectuant dans l’espace des figures folles et mélancoliques. Les cigares passaient d’une main a l’autre dans un sillage de fumée bleuâtre, je jetais autour de moi un regard translucide, les robes blanches virevoltaient  comme d’étranges papillons et plus les rythmes se renforçaient  plus un mouvement de rotation semblait pénétrer une assistance  qui paraissait ainsi se dépersonnaliser en spirale. La Baba et deux autres femmes assez jeunes apparurent devant moi m’entourant comme des sorcières autour de leur chaudière, elles dansaient t autour de moi faisant de moi un objet détermine. Je goûtais le plaisir d’une seconde enfance  et jetais sur moi-même un regard compatissant.

Des heures, peut-être, se nourrirent des chants et des danses dans la salle devenue obscure par la fumée des cigares et des bougies que la plupart des danseurs tenaient a la main, quelques verres d’une boisson rustique et fortement alcoolisée  achevèrent de me transporter  dans cet autre monde aussi étrange qu’accueillant.

Les chants rythmes n’étaient entrecoupes que par de brèves envolées verbales de la Baba souvent reprises en chœur par les danseurs. Sur une sorte d’autel  érige au fond de la pièce, quel ne fut pas mon étonnement de distinguer dans le flou des fumées les silhouettes imprécises de Monsieur Albert et de la Négresse Verte.

Hu Ching Vu  était ne près de la petite ville de  Baicheng en Mandchourie orientale aux environs de l’année 1487. Sa grande Sagesse acquise avec l’age et des études très approfondies de médecine  et de philosophie avaient fait de lui une sommité dont s’est tout de suite emparée la légende et c’est sous l’aspect  symbolique de la colombe que ses préceptes et sa grande intelligence défièrent le temps. Il vécut, paraît-il plus de cent dix ans. Le thème de la colombe apparut a plusieurs reprises dans les incantations de la Baba  elle parla de son pigeonnier ou une centaine de colombes semblaient dormir. Elle en prit une par la patte tandis  qu’elle battait des ailes et l’embrassa  puis la laissa reprendre son envol. Elle traînait derrière elle un traîneau dore ou Monsieur Albert et la Négresse Verte avaient pris place.

L’Esprit de Hu Ching Vu  emplissait l’espace, insensible aux chants et au bruit des calebasses, l’odeur des cigares se mêlant au parfum des corps et a celui des bougies. Les litanies portaient plus précisément sur l’amour blesse que tous les dieux de l’Umbanda (car c’en était une) se devaient de soulager et de reconstruire. Nous sommes au Brésil. Une des deux jeunes filles en robe blanche qui accompagnent la Baba vient s’asseoir à ma cote. Elle est très belle et très douce, elle me dit qu’elle s’appelle Esa, elle me présente sa sœur, un peu plus jeune et un peu forte, elle se présente : Marcia. Tout en elles transpire intelligence et bonté. Elles me parlent du vieux sage chinois auquel Monsieur Albert avait fait appel  et dont l’Esprit rayonnait pour quelque temps ici  chargeant l’Umbanda d’une mission salvatrice.

Mon esprit balance entre la soumission et le doute. Je danse avec elles  rejetant avec les autres les incantations de la Baba ou figurent des mots de langues inconnues d’ou émergent le créole, le portugais, l’espagnol , l’anglais et même quelques mots de français. Je danse, battant des mains au rythme des calebasses, je suis bouscule par une grosse femme noire qui offre pour s’excuser  son plus beau sourire plein de gentillesse. Esa parle un peu français et m’explique que cette Umbanda est pour moi, que la Baba transmet a tous par ses incantations l’esprit d’Amour et de Sagesse du vieux chinois que Monsieur Albert a appeler a l’aide pour m’aider.

Je suis abasourdi et ému. Est-ce possible que ma petite famille manifeste son Amour pour moi d’une façon aussi étonnante ? Je commence à comprendre le climat étrange de mon petit peuple dans notre appartement.

Nous nous trouvons, me dit Esa , au Brésil dans une ville du nom de Jacarei non loin de Sao Paulo. Jacarei , en brésilien signifiant « crocodile »  je ne manque pas de faire le rapprochement avec le fait que notre petite famille compte  parmi ses enfants une sculpture qui s’appelle Gator  et figure un alligator. Je regarde autour de moi soupçonnant  sa présence.  Esa  me dit alors que la secte umbanda est originaire du Congo et de l’Angola. Contrairement aux sectes macumba qui font le mal, les umbanda ne recherchent que le bien, ils parlent avec les mauvais esprits pour les porter sur un plan meilleur. Ils sont très aides en cela par leur ange gardien qui les protégent. (Elle me cita le nom de mon ange gardien, c’était un nom étrange que je n’ai pas pu saisir vu le bruit et le vacarme  ambiant. Croyant a la réincarnation, elle me dit que j’avais une chance considérable d’avoir l’Amour de Monsieur Albert, de la Négresse Verte et de toute ma famille d’objets car ils voulaient a toute force combattre le mal  qui me faisait de la peine. J’entendis alors la Baba inclure en français dans son psaume

: « Père, fais protection de Monsieur Urbain qui fait beaucoup de voyages et beaucoup de tableaux «  tout en  dansant et tournant en claquant des mains pour éliminer les mauvais fluides.

Avant de nous quitter, elle me donnera une médaille de Ogum, celui qui connaît tous les mystères et un collier de perles en me disant : « Quand ça va mal, visualises la figure de Marcia, presses le collier dans ta main et elle t’aidera. «  J’ai toujours la médaille et le collier. « Il y aura toujours entre nous un anneau d’union, me dit-elle, Amelia Vermeilha t’aidera et Monsieur Albert est un grand ami du grandpape umbanda, il s’appelle Umbanda Ushalla. L’Esprit était la  avec Marcia. Ses mains étaient très froides et elle transpirait beaucoup.

Je vois maintenant avec un tout autre regard ma petite famille d’objets. Les umbandas reçoivent l’Esprit des morts fameux et bénéfiques et les réincarnent dans les objets qui deviennent des Anges Gardiens.

Quelle belle histoire mon petit peuple allait-il m’écrire ?

Cela me surprendra personne que Monsieur Albert et la Négresse Verte ayant quitte l’umbanda dans un  traîneau tire par une colombe se retrouvent presque instantanément  parmi le reste de la famille dans notre appartement  En ce qui me concerne, je ne vois la que de très normal. Je suis maintenant accoutume aux usages de ces entités qui voyagent  dans l’inconscience, communiquent  et se dissolvent dans le courant d’une lumière astrale. j‘ignore toutefois l’effet des vibrations  émises car elles sont sujettes a la moindre fluctuation de ses pensées et , je le sens , Monsieur Albert et tout le petit peuple vibre de pensées élevées guidées par la fidélité, la bonté et l’Amour. Je me  sais entoure d’êtres qui se veulent  les reflets de moi-même et qui interviennent de plus en plus dans mon espace physique et mental et cela dans le but de me sauver.

Je veux savoir. Conscient de l’existence d’u n mouvement occulte vacillent entre mes amis et moi, je cherche desesperement a discerner une possibilité de dialogue et ressens déjà la claire impression  quel a voix de la pensée de Monsieur Albert produit en moi. Sa parole  profondément ressentie sera pour moi le plus puissant  des  instruments de création.

Il n’est pas besoin  d’effets spectaculaires pour que je me  sache apte à mesurer une fois de plus l’étendue de la puissance et de la volonté  du petit  monde de mon extraordinaire musée. Désormais je redouble d’attentions pour tout ce qui concerne notre vie sous le même toit. Des mots affectueux accompagnent la caresse  ou la simple pose  d’une main douce sur un petit crane d’acier ou accompagnant le galbe d’une hanche. Le lien devient complice et l’amour qui demeure véritablement la seule force positive nous rejoint au plus haut niveau.

Suivant le conseil de Marcia, j’ai pris le collier et l’ai presse dans ma main.  Tout s’estompe.

Si  nous avons eu a déplorer la perte d‘un jeune bananier qui a suivi son destin malgré tous les efforts pour lui redonner sa verdure, nous voyons apparaître une jeune feuille d’un vert très frais et prometteur auprès du tronc d’une plante adulte. C’est le troisième en quelques jours. Je me réjouis et envoie autour de moi  les faire-part de la naissance. Chacun des membres de la famille est tenu au courant, je leur annonce l’événement et leur parle. Un lien puissant crée le contact. La réalité est dans l’Esprit et dans es projections de l’Esprit dans la matière sont indiscutables et la vérité est que toutes les créatures vivent  en harmonie avec le monde de l’Esprit. Je saisis alors pourquoi et comment  je comprends mon  petit monde  et décide une fois de plus de me perdre en lui.

Je demande a Monsieur Albert des nouvelles de son frère Gaetan, le chambellan, la réponse est claire et nette : ‘Tu lui manques. «  Je sais que nos petits américains vivent  chez ma femme dans le plus parfaite sécurité certes, mais l’essentiel est en nous et je sais maintenant qu’en ce qui nous concerne, nul ne peut être heureux sans Amour. Je les ai fait, caresse mainte fois et leur a fait partager mes émotions. Plus  que ma présence réelle  ce qui leur manque c’est l’esprit de notre amour et ils me manquent aussi. Je li parle de chacun des nôtres restes en Floride et la réponse dévoile la même amertume que je ressens pour eux. Alors la réponse me parvient comme dans un murmure : « Il faut qu’en parle. Pourquoi mettez vous des peines infinies dans une vie si courte ?  «

Il est de ces tressaillements intimes qui peuvent surprendre des gens superficiels et ce discours muet pénètre mon âme comme le son dans l’écho et me prodigue une joie passagère qui me laisse des impressions profondes.

Il voulait dire : « Comme tu as souffert ! «

Le lendemain matin, le rouge-gorge était la.

Assurément averti de la détresse de mon âme, il vient me chanter consolation et espoir. Je ne vois pas encore dans ce lyrique réveil le signe d’une conspiration. N’est-ce pas aujourd’hui le premier jour du printemps ?  N’ai- je pas depuis des semaines  prépare a l’íntention des oiseaux du ciel des petites maisonnettes les plus accueillantes possible accrochées aux murailles de la terrasse , toujours chargées de graines de toutes sortes dont , paraît- il , raffolent ces petits volatiles ? Est-ce que je ne chasse pas chaque jour le perfide chat des voisins a coup de morceaux de pot de fleur quand je le vois s’embusquer entre deux bacs a fleurs pour attraper les petits oiseaux qui viennent imprudemment picorer les graines tombées sur le sol ?  Non,  le petit rouge-gorge s’est pose sur la branche du sapin, il est agile, spontané, il a revêtu son joli gilet rouge. Il est assis dans la verdure et entame un gazouillis doux et délicieux.

Continues, petit rouge gorge, continues.

Il chante l’enfant qui s’éveille dans la chambre ou le soleil commence a briller, il chante pour toute la famille a l’éclosion des roses qui, sur la terrasse, déplient  lentement leurs pétales  a la lumière du jour qui s’annonce, ses vocalises émerveillent tout le petit monde, les arbres et les plantes sont pensifs et sous le charme et sortent lentement du sommeil de la nuit et semblent s’étirer a la douceur du  soleil matinal.

Continue, petit rouge-gorge, continues.

Dans l’appartement, Monsieur Ficus, pourtant habitue aux concerts les plus émouvants, ne dit rien mais écoute. Don Quichotte, près de la fenêtre, est immobile sur son cheval. Il tient sa lance au repos près de lui comme un signe de respect et d’hommage. Généralement fier et austère, je ne le savais pas sensible à la musique. Il écoutera pourtant tout le concert sans broncher.

Continue, petit rouge-gorge, continues.

Les musiciens indiens qui furent parmi les premières sculptures de la famille sont silencieux accroupis sur leur socle. Tous écoutent avec recueillement  le petit oiseau au gilet rouge qui répand dans l’azur des farandoles de notes d’une harmonie divine.

« Pour qui chantes tu  si merveilleusement ?  Lui demande Monsieur Albert.  «  Je chante pour qui souffre un amour disparu, je chante pour l’infidèle pour qui chaque note est une larme, pour les pensées qui dorment au cimetière paisible, pour les poissons dores et placides qui nagent dans le bassin, pour la magnolia majestueux, je chante pour la mer, je chante pour les jardins, pour nos amis de fer d’ici et de la bas. Je chante pour l’Amour qu’il faut reconquérir >

Tu peux rester ici, dit alors le majordome, il y a fort à faire et tu sera utile. Et puis, tu chantes si bien !

Je ne disais mot.

Il s’adressais a moi : < Le soir, je serai la sur ma branche et je chanterai pour toi afin que tu sois heureux et pensif a la fois. J’ai vu des larmes dans tes yeux la première fois que j’ai chante pour toi et, cela, je ne l’oublierai jamais. C’est le plus beau bijou pour le cœur d’un chanteur. >  Et il chanta encore.

Tout le petit peuple était émerveille.

Pour moi, je me promets de ne dire a personne que j’ai un petit oiseau qui me dira tout et qui chante pour moi l’Amour avec tant de talent. < Tout va aller mieux. > dit Monsieur Albert.

Et le rouge-gorge s’envola.

Il y eut comme un remue-ménage parmi le petit peuple. Pour moi, j’ai de l’amertume de n’avoir pu partager un si beau réveil.

Monarque a vie, incontestablement respecte et aime de mon petit peuple, je me plais de plus en plus dans ce monde de beauté, de bonté et d’Amour si bien protége des banalités, des vulgarités et de la crasse  de l’extérieur aussi je m’aventure le moins possible en dehors de ma petite principauté  limitant mes sorties au strict nécessaire  et aux  moments précieux qu’apportent des amitiés exceptionnelles. C’est ainsi qu aujourd’hui, je vais retrouver mon ami Gérard. C’est un grand sculpteur. C’est bon et salutaire de se replonger dans une intensité artistique qui rapproche autant que le sculpteur la puissance et la rusticité de la matière avec le dépassement émotionnel.

Le silence et le tumulte s’accouplent bizarrement. La tôle de cuivre se soumet aux exigences de la presse et la découpe engendre des formes qui s’associent  au feu de la soudure. Une main de géant  va prendre  corps de vingt morceaux martelés, déformes puis reformes sous la correction sévère du marteau. La tôle exhibe ses plaies dans une couleur rose saumonée avivée par la flamme du chalumeau, elle s’abandonne au dictat de l’artiste. La débauche cérébrale du sculpteur est au métal ce que sont a l’âme les  plaisirs mystiques, elle inspire la prière et réveille des vertus endormies et le prestige de la lumière agissait desesperement sur cette merveille qui s’annonçait. Gérard  a connu souffrances, trahisons et misères mais son triomphe est complet quand il force la matière avec son étonnante conviction.

Je reste silencieux au retentissement bruyant des masses  partageant le privilège de l’enchantement des formes naissantes.

< Il s’agit de la Vie ! >  dit-il en me montrant son œuvre. Je ressens  l’intensité vitale qui s’intègre doucement dans cette main admirable et pense à mon petit peuple de ferraille qui vit la même réalité.

Des dizaines de sculptures couvertes de poussière dorment sur les étagères et je me plais à imaginer leurs divers états d’Ame. Elles sont  la, en effet, dans l’atelier ou elles sont nées et assument leur destin avec serenite et….poussière. J’aimerais leur parler de mes amis. Gérard n’est-il pas un  peu un apprenti – sorcier qui a involontairement affuble chaque pièce d’un destin dont il n’avait pas soupçonne l’éventualité et la pièce qui sort en fonderie du bronze en fusion   n’a –telle pas, du fond de cet enfer , extirpe une personnalité  faite de douceur ou de violence ? Le baptême de la pièce d’art se parant pour la vie me faisait de plus en plus penser à mon petit peuple prenant en charge mon destin.

Je vois que la naissance d’une sculpture se fait toujours dan s la douleur et c’est peut-être la raison de leur surprenante sensibilité. Tandis que nous buvons un verre de bon vin rouge, je ne puis m’empecher de porter un toast a la santé de ces merveilleux personnages de métal …et d’Esprit.

Je regarde la main : < Etre mystérieux, cherches-tu ton chemin pour venir a moi. >

Je suis donc au fin de la fin de la création de l’objet. Ici, il ne s’agit pas de naissance mais, mieux, de création et le genèse de l’œuvre d’art ne comporte –t-elle pas en elle-même une grande part du génie de l’artiste qui se transforme en Esprit dans  ces petits cranes d’acier ? L’apparition  à la vie du petit des hommes n’a, à son origine, aucune trace de génie ni même de talent. Je ne puis échapper dans cet atelier de sculpture a l’omniprésence de l’esprit qui valorise et donne la vraie vie a la matière, Esprit qui, par le génie du sculpteur a donne au métal le pouvoir d’émouvoir et le pouvoir de sagesse que je retrouve avec une telle acuité chez mon petit peuple. Ariane ne me démentira pas elle qui tient a bout de bras une vie de diffusion et de célébration  de l’art dans le domaine de l’édition rare.

Ariane est rousse comme une carotte, elle flotte depuis quelques dizaines d’années sur la Seine dans sa peniche-musee. Ici, l’envoûtement par l’objet se manifeste des la première approche. L ‘air que l’on y respire est charge de création artistique et de la paradoxale présence des grands absents et a quelques centimètres de l’eau devant un feu de bois l’évocation des mystères de mon petit peuple se pare d’un surréalisme arrose de whisky.

Pourquoi, tendis qu’Ariane, Gérard et moi devisons devant le feu, sur la poupe du bateau baptise « Etincelle «  un petit oiseau au gilet rouge s’est pose quelques instants ?

Il est reparti très vite.

Nous reviendrons chez Ariane dans l’ombre de Dali et d’Anthony Queen des grands Esprits.

L’art, toujours l’art qui, comme un médecin habile  s’exhume avec véhémence pour tenter de venir a la rescousse. Ce mélange  d’émotions est si contradictoire que lorsque l’on en est prisonnier il faut s’en tenir à ses plus pénibles émotions avec une infinie passion. J’y découvre, certes, dans une aura de beauté les configurations du malheur comme dans le confort tiède d’une odeur de santal.

« Tu boiras la coupe large et profonde, coupe de désolation et de dévastation. Tu la boiras et tu la videras puis tu la brisera en morceaux et elle te déchirera le sein «

Ezéchiel  23 – 34

Aujourd’hui, j’ai fait de la lithographie. Combien me fut un baume cette recherche de l’événement artistique a travers les effervescences de la matière dominée par la technique. Le  < zinc> qu’on appelle  pierre en souvenir du temps ou les lourdes pierres de grés endossaient le dessin et par  l’encre grasse s’ímpregnaient des effets de la peinture recherches par l’artiste. C’est v rai qu’il est beau de guider les méandres de l’encre se mélangeant à l’eau en de mystérieuses marbrures, c’est vrai qu’il est passionnant de retrouver dans des superpositions de couleurs des colorations chaudes ou froides dont la complémentarité donnera l’œuvre d’art. Ces constants soucis de la recréation artistique et de la redécouverte sous une forme nouvelle d’une émotion ressentie dans l’œuvre originale sont le plus bel attrait du travail de l’artiste lithographe  quand il le fait avec amour.

Pour moi, ce fut encore le cas aujourd’hui et la chute fut d’autant plus pénible lorsque je redescendis sur terre.

C’était un de ces restaurant pour le monde du travail. Un de ces lieux sans joie ou la nourriture n’est que c e qu’elle est. Autour de nous, les anonymes qui reprennent le travail a treize heures trente. Leur visage est quotidien, leur plaisir médiocre comme mon client, d’ailleurs, venu voir le travail une fois. Que sont devenus les clients passionnants qui suivaient le travail a la trace  pour le vivre avant de le vendre ?  Que sont-ils devenus ? Comme tout cela est dommage !

Et tant de grasses prairies verdissent alentour dans les fantasmes du créateur, tant de mers et d’équinoxes comme derniers terrains vagues et nul ne s’en soucie. « Il faut bien vivre ! « Paraît-il.

Ce soir la lune se lèvera encore et avec elle les étoiles.  En quoi faut-il croire maintenant si Dieu a émigre ? Nous vivons dans un cirque trépidant éclabousse de trompettes qui sonnent faux et d’illusions a venir. Il ne manque plus que l’espérance et le doigt de Dieu pour en souligner les contours. Peut-être est-ce la Divine punition  d’avoir nourri l’Amour avec l’imagination.

Je quitterai avec soulagement ce représentant du monde du commerce de l’art, a la Rolex en or , celui qui « faisait des mots «  balançant avec obséquiosité l’appât du gain  et la benoîte finasserie d’un juge de province. Sa face rubiconde et satisfaite reflétait un grand vide quand je le regardais assis, les mains jointes sur le ventre comme dans un fauteuil de goutteux.

Rentrant chez moi, je tente de me réconcilier au monde comme on  reconstitue le tableau d’une civilisation perdue à partir de fragments de poteries ou d’un masque mortuaire.

Comme j’avais hâte de retrouver mon petit peuple !

Ce n’était pourtant pas le jour ou, comme chaque semaine, la femme de ménage, une exquise petite africaine comme beaucoup a la maison, vient donner un coup d’éclat a l’appartement, ce qu’elle fait a merveille. Comme les autres, elle me tutoie au charme d’un adorable sourire. Pourtant, tout respirait la propreté…Je devais aller de surprise en surprise.

Comment avais-je pu partir en laissant toutes les lumières allumées ?  La radio jouait en sourdine la magnifique « petite messe solennelle « de Gioachino Rossini, un de mes disques favoris, sur la table basse, l’amaryllis arborait fièrement trois superbes fleurs d’un rouge flamboyant alors que quelques heures avant, deux longues feuilles longiformes témoignaient de sa bonne santé. J’étais intrigue et ouvrais la fenêtre. Sue le balcon se tenaient cote a cote le rouge-gorge et tout près de lui une exquise petite mésange qui avait mis son gilet jaune sur son corps d ‘un délicat gris perle. Sa petite mèche noire, au sommet de sa tête, lui donnait un air espiègle.

Ils s’envolèrent tous les deux, à ma vue.

Je montais alors a l’atelier et sur la terrasse ce fut alors une féerie de surprises : Alors que , quelques heures avant, toute la végétation semblait hiverner ne laissant apparaître que des bourgeons annonciateurs  du printemps, je vis a mon grand étonnement t tous mes arbustes en fleur . Les rosiers m’offrirent des dizaines de roses, des jaunes, des blanches et des rouges écarlates, les bananiers déployaient de larges feuilles vertes tendres, le chevre-feuille caracolait de fleurs mauves et même le grenadier s’allumait  de petites fleurs roses. Les primevères des bois offraient des fleurs jaunes  et même la glycine, généralement paresseuse, suspendait des belles grappes violettes.

Dans le bassin, des nénuphars avaient délicatement pose sur l’eau, leurs opulentes fleurs jaunes et blanches, les jets d’eau s’envolaient dans des soubresauts inaccoutumés sous lesquels les poissons multicolores virevoltaient en joyeuses sarabandes.

Je redescends dans l’appartement. Monsieur Ficus a revêtu sa parure de Noël. Les lumières jaillissent de toutes parts et le bananier du salon a considérablement grandi en développant plusieurs feuilles. Tout le petit monde des sculptures semble indifférent  mais cache une mystérieuse complicité. Monsieur Albert, imperturbable à sa place près de la Négresse Verte laisse planer le mystère. Tous les amis dissimulent une étrange complaisance. Je suis sidère.

Tant de surprenantes manifestations d’un petit peuple qui m’aime ne peuvent qu’annoncer une salutaire évolution d’un destin jusqu’alors contraire. Pourquoi le soleil se faisait-il plus lumineux ? Pourquoi les oranges s’étaient elles prématurément éveillées aux branches des orangers  et les oiseaux du ciel se pressaient- ils a l’entrée des maisons que je leur avais destinées comme pour admirer la splendeur du paysage au dessous d’eux ? L’un d’eux portait un pétale de fleur rempli d’eau qu’il posa lentement a la porte d’une  des petites maisons et tandis que les oiseaux gazouillaient de toutes parts la colombe apparut  traînant dans son sillage un nébuleux carrosse d’or semblable a celui qui avait emmène Monsieur Albert et la Négresse Verte lors de l’umbanda brésilienne.

Ce n’était pas le majordome qui trônait dans le carrosse mais un petit Etre au gilet rouge accompagne d’une petite Merveille  jaune et grise, le front surmonte d’une fine mèche noire. Le rouge Gorge était-il un personnage si important pour bénéficier d’un tel apparat ?

Le rouge Gorge descendit du carrosse avec emphase non sans accorder son aide à la timide mésange qui semblait s’envelopper dans la protection de son influent ami.

Dans le bassin, sur la terrasse, la ou vivent les poissons rouges qui de quatre voici dix ans sont maintenant douze, il y a deux jets d’eau qui provoquent une oxygénation de l’eau pour le plus grand bien-être des poissons. Cette petite famille vit  dans une entente parfaite et lorsqu’un problème se présente entre eux, il suffit d’une poursuite en un ou deux tours de bassin et tout est oublie. Le chef de la troupe est un gros poisson blanc qui se nomme Nestor, Il a environs quinze centimètres de long alors que les petits sont rouges et mesurent a peu près cinq centimètres. Ils passent leur temps en effectuant de longues promenades seules ou en groupe laissant voir une quiétude absolue et la plus profonde indifférence. Lorsque je mets la main dans l ‘eau, ils viennent s’informer et repartent après l ‘avoir gratifiée de quelques baisers plu par soucis de curiosité que comme véritables témoignages d’affection. C’est, du moins, ce qu’il me paraît. Ils  sont très gentils et vivent ainsi placides et heureux. De temps en temps, ils viennent prendre leur douche sous les jets d’eau puis repartent au fond du bassin se reposer dans les châteaux d’algues ou ils se créent leur histoire. Deux vieux bateaux, anciennement jouets d’enfant, dorment  au calme d’un petit port amarres par un fil a un ponton.

Comme je l’ai dit, les poissons manifestaient  une excitation inhabituelle et jouaient avec les bulles d’air provoquées par les jets d’eau. Le Rouge Gorge et la mésange étaient venus se poser sur le petit port et offraient  dans ce cadre charmant au milieu de l’agitation colorée un spectacle attendrissant. Doucement, a quelques mètres de la, je m’assieds sur un fauteuil près de la table de marbre. Un jeune geai vient se poser sur la maisonnette qui surplombe le bassin et picore quelques graines. Ses habits, beige et bleu sont de couleurs très fraîches, il est certainement ne d’une très récente couve. Il regarde a droite puis a gauche puis se met a chanter. Monsieur Rouge-gorge lui répond. C’est un adorable duo au milieu des fleurs et de l’évolution fluorescente  des poissons.

Apres quelques échanges de vocalises dignes des plus grands musiciens, le jeune geai picore à nouveau quelques graines, regarde a gauche puis a droite. Je suis très heureux de cette visite qui est la première de ce garçon.

Nous restons un moment en tête à tête, la mésange, le rouge-gorge et moi. C’est comme si le temps s’arrêtait, comme si l’âme de la nature surgissait de ce petit couple d’oiseaux.

J’entends :

«  Au cours de mes incessants voyages au dessus du monde, j’ai remarque que tous les hommes qui souffraient d’amour en parlaient en regardant vers le ciel.  Moi, je connais le ciel. C’est pourquoi, étant le seul de la principauté qui puise parler et être compris de toi, le Majordome  m’a choisi pour te transmettre le Message : « Ne te débarrasses pas de ton mal en l’exaspèrent. Tu te feras du mal comme tous ceux qui se grattent. « Le Majordome a organise pour toi cette féerie de la nature. Laisses nous faire, tu es notre prince, N’aies plus peur,  nous allons t’enseigner l’Amour. «

Et, tous les deux, ils s’envolèrent.

Le jour baisse. Je redescends alors dans mon palais si beau de tant de choses. Je décide que ma pensée  se reposera dans cette principauté qui est mon domaine et s’accordera avec l’avis de ces objets si profondément imprègnes de tendresse. Je comprends que la partie la plus essentielle de la vie est ce que ces Etres me font découvrir de leur cœur et cela s’appelle l’Amour. Ils connaissaient dans leur mutisme le langage le plus pur et me le livraient avec grâce parce que mon destin n’avait besoin de rien d’autre pour continuer sa route dans un temps indéfini.

Prince du plus beau des rêves, je vais donc continuer a chercher le trésor de l ‘Amour car s’il n’en était pas ainsi tous mes rêves n’auraient  aucun sens.

J’ai dormi d’un sommeil de plomb.

Ce matin, a la douceur d’un soleil encore pale, j’ai salue tout le monde. Tout mon palais a retrouve une configuration normale et l’amaryllis sans fleurs est vert et prometteur. Je monte a l’atelier et constate que la toile que j’avais tout juste commence hier est terminée, signée et parfaite. Je ne suis même pas étonne. Il y a un message sur  le répondeur : Ruthy m’a appeler de Floride juste pour me dire bonjour. C’est gentil. Je la rappellerai à  quatorze heures a cause de la différence horaire. Sur la terrasse, tout est redevenu normal et c’est très bien ainsi. Je vis une grande serenite et ne me sens plus seul. Ne serais-je pas vraiment un prince ?

Je vais travailler car j’ai beaucoup de commandes, il me faut faire quelques courses. Tiens, ne pas oublier d’acheter des graines pour les oiseaux du ciel. Je salue mes amis t pose sur la tête de Monsieur Albert une main tendrement complice et reconnaissante. Tous me comprennent mais vivent leur vie.

Nouveau hasard de la vie moderne, c’est à l’opportunité d’une place de parking disponible que je dois de faire la connaissance d’une grand-mère énigmatique, douillette et mystérieuse. J’ai, en effet, inscrit dans mon ordre de mission un ordre de pourvoir à  l’alimentation des oiseaux du ciel pour qui le stock de graines disponibles  avoisine bientôt la cote d’alerte. C’est en face d’un magasin de spécialités pour animaux que je parviens à garer ma voiture.

La boutique affiche au prime abord un fouillis de cages a serins, e coussins pour chats  et de dodos-pour- toutous – privilégies, des bocaux vides en forme de sphères de verre présentaient un accueil translucide démuni de tout pour le malheureux poisson rouge qui devra le partager avec  une ridicule algue en plastique vert. Il me faut juste un peu de graines pour les oiseaux du ciel, cela ne sera pas long. Heureusement, la marchande approche mais  sans intention apparente de se jeter sur le client. Continuant a occuper ses mains a déplacer des objets  sans raison évidente. J’ai bien note en regardant la devanture que l’établissement s’appelait : «  Maison Oiseau, articles pour animaux « sans souligner la cocasserie du fait. Je demande alors : « Vous étés Madame Loiseau ?  « Oui, Mimi Loiseau, depuis des siècles pour le bonheur des petites bêtes «

Elle recule pour prendre sa tasse de thé dissimulée derrière le comptoir.

On ne donne pas d’age a Madame Loiseau, c’est certainement une merveilleuse grand-mère, figure rose et poupine soutenue par un large cou a bourrelets sur une opulente poitrine assoupie dans un large corsage. Le tout est couronne par un nuage de cheveux blancs. Un large postérieur déborde  à l’arrière d’un tablier noir qui donne un nécessaire austérité au personnage attachant qui se voudrait être commerçante. La variété des aliments qui peuvent séduire les oiseaux du ciel, nous entraîne, avec l’intrusion dans le domaine des autres animaux, a une passionnante conversation sur les oiseaux qui visitent  la principauté, leurs origines, leurs meurs et, par extension, sur les connexions qui se sont faites jour depuis des millénaires entre  ces successions  de destins qui se sont insères dans la vie de ces êtres. O combien différents, qui composent maintenant mon petit peuple.

Madame Loiseau  qui me dit avoir été grue voici quelques siècles (Je n’ai pas demande de précision …) me retient depuis plus de deux heures, de rares clients venus acheter des graines pour leurs perruches ont a peine interrompu ses récits de vies plus ou moins ephemeres dans des mondes plus ou moins intemporels. Elle parle de la métamorphose  universelle de l’admirable esprit de suite entre les mondes animal et végétal, entre l’animal et le dieu avec ses différentes modalités d’existence quand il devient faucon, serpent, ces dieux a têtes d’animaux, déesse a corps de scorpion et des plantes tendant des bras humains etc.. Elle vit curieusement l’histoire du monde a travers ces divinités graves et mystérieuses ou une tête d’animal met une distance entre le Fidèle et son dieu et cela, aussi bien en Asie, qu’en Afrique et dans tous les pays du monde depuis des millénaires.

Je lui parle du Rouge-gorge, sa réponse est énigmatique : ‘

« Il sait tant de choses mais beaucoup moins que son Maître

Je voudrais des explications. Pas maintenant, me répond- elle, je dois partir. Revenez quand vous voudrez «

C’est demain dimanche, nous convenons d’un rendez-vous> Je viendrai la chercher pour une promenade au bois.

Ce dimanche la, je prends comme convenu Madame Loiseau a son domicile. Elle a une physionomie douce, encore adoucie par un sourire obligeant et plein de gentillesse quoique semblant dissimuler une intense préoccupation ésotérique. Il m’arrive d’entendre sa voix délicate sans toujours comprendre le sens de ses paroles. Nous marchons de conserve, la nature s’éveille doucement à l’approche du printemps et l’herbe tendre est douce à nos pieds. Curieusement, elle savoure l’occasion de se confier, me parle de sa jeunesse quand, futile jeune fille, elle se présentait aux regards comme une apparition qu’un souffle pourrait dissiper. Elle me parle de ces ressemblances animales inscrites sur les figures humaines, des innombrables dynasties de poissons et de mollusques, les arbres s’animalisent. Elle décrit des générations de créatures gigantesques comme un hymne sans fin. Tout un monde se déroule depuis les configurations du passe de l’univers jusqu’a la résurrection de l’homme de l’usufruit duquel nous jouissons.

Cette femme est étrange  et tout dans son comportement de séduisante vieille grand-mère révèle une mystérieuse séduction. J’y succombe assurément tandis qu’elle décide de s’asseoir  sur le banc qui s’offre a nous sur le bord dulac.

« Vois-tu, me dit elle, (tiens elle me tutoies), il n’y a pas de hasard. Il faut se déraciner du présent, s’accepter dans l’avenir au soir d’un univers en ruine de  nos gloires, nos haines et nos amours. Je te connais.   «

Je sens comme un vent frais me caresser la nuque  et la perception des choses terrestres  s’évanouit en moi  dans une légère somnolence. Sans doute s’est-il écoule un court lapse de temps pendant lequel j’ai perdu la  perception des choses terrestres. Je regarde la singulière jeunesse qui anime les yeux immobiles de la vieille dame. « Regardes  «  me dit-elle alors me montrant le fil de fer de la clôture, un petit rouge gorge  perche sur ses petites pattes qui enserrent le câble nous regarde comme avec malice.

« Je vais te raconter une histoire, reprit-elle, elle me vient d’un grand philosophe chinois. Il s’appelait Hu ching Vu et vivait a Baicheng en Mandchourie dans les années 1500. Son Esprit vit à Boulogne, non loin d’ici. Mais avant tout,  je dois te transmettre un message.

Ce message est le reflet  d’un Amour que Monsieur Albert veut exprimer au nom de tout ton petit peuple. Il vient d’une très vieille expérience. Ecoutes : La langueur pèse sur ton cœur et l’assoupissement sur tes yeux. Ne sais-tu pas que la fleur règne en splendeur dans les épines ? Autour de toi, dans ce monde, le seul vrai de l’esprit, tu es environne d’amour. Quelle absence  pleures-tu ? Ne sens-tu pas, autour de toi un frémissement traverser l’air ?

L’Amour est la  autour de toi.

Reanimes le voile de la nuit et renouvelles maintenant ton regard. Au réveil, dans une plus fraîche félicite, Reanimes  avec la vie qui éclat autour de toi la lampe de l’Amour. Ton peuple te transmet son message, il est heureux chez toi et t’appelle au rendez vous d’Amour par les incessants voyages du rouge – gorge qui t’enseigne la parole d’un vieux philosophe chinois. Il ne s’est rien passe. L’amour aveugle que tu connaissais règle toujours ton destin. Tes vrais amis, ton petit peuple t’assistent et se tiennent dans leur coin débonnairement tranquille. Pour eux, rien n’a change. Il ne s’est rien passe et dans la survie de ton Amour une nouvelle contrée se découvre avec ses merveilles.

Tu vas donner une dimension nouvelle à ton Amour qui doit survivre. Aimes de plus en plus l’absente plus que si elle était a tes cotes, étouffes cet orgueil qui ronge ton cœur et répands l’amertume. C’est le vœu  de ton peuple qui veut vivre heureux avec vous deux. Tu connais l’Amour et en souffres, maintenant tu vas vivre ton Amour avec tes messagers du bonheur et pour vous deux l’air s’emplira du parfum de la promesse. Ta souffrance exaspérait ton Amour, en te grattant tu amplifiait  la douleur et faisait souffrir ton peuple. Tes amis, plantes, poissons, sculptures et oiseaux du ciel sont les virtuoses de ton palais  et a toute heure, ils chantent pur la survie de votre Amour. Leur chant se mêle à la grande musique du Monde. Il n’y a plus de distances. Oublies toutes distances avec une fleur pour récompense. Crois moi, il ne s’est rien passe.

Ainsi a dit Monsieur Albert, ainsi, pour ton bonheur, a travers le Majordome, a parle Hu Ching Vu.

Je comprends alors que mon Amour, loin de la torture du chagrin et de l’angoisse de la séparation survivra par le miracle d’une nouvelle vision.

La main de Madame Loiseau se pose sur la mienne. Elle est chaude et d’une exceptionnelle douceur. L’émotion m’envahit et de longues minutes me sont nécessaires pour me retrouver moi-même. Tant de questions  troublent mon cerveau. Je tente de savoir alors par quelle mystérieuse coïncidence Hu Ching Vu dont Monsieur Albert et elle-même se font les interprètes s’était déjà manifeste dans lúmbanda du Brésil. « Ne poses pas de questions dont tu as les réponses dans les faits, me répond elle. Comme dans la Négresse, tout un monde de l’esprit est la pour t’aider. Tu as un ange gardien, n’est ce pas ?  T u sais maintenant quelle vision tu dois avoir de l’Amour.

Mais je t’avais promis de te raconter une histoire, je te la conterai à notre prochaine rencontre car il est temps de rentrer chez soi, ton petit peuple t’attend.

J’ai alors raccompagne Madame Loiseau et me retrouvais peu de temps après  dans mon attachante principauté.

L’essence de l’Amour est très rarement atteinte dans sa plénitude car l’Amour est une fin transcendante à tous les moyens qu’il suscite à tous les actes et symboles qui s’y manifestent. Je suis donc emporte par ces symboles  qui se personnalisent dans mon peuple usant fort a propos de l’alibi de la tendresse et je me laisse séduire par cette phase d’initiation, de surprise et de mystère pur l’adoucissement du temps a venir.

Franchissant la porte de mon palais, il me revient en mémoire qu’il me fut jadis prédit  que je ne connaitrai la Vérité qu’une fois que j’aurai trouve  le nombril du Monde et voici que j’en avait atteint l’épicentre  par la magie d’un petit peuple d’animaux, de plantes et d’objets. L’air est désormais d’une pureté  qui m’était inconnue jusqu’alors. Trois sources baignent un jardin  où évoluent  les sculptures. Près d’un banc en diamants  un conciliabule s’est établi  entre Monsieur Albert qu’accompagne comme toujours la Négresse Verte et le travesti exagérément couvert de bijoux qui tient par la main la petite bretonne en sabots, le pélican blanc, l’air pensif, laisse reposer son bec sur son confortable jabot, le petit  indien écoute, seul le général porte la contradiction.

Remarquant le Minotaure qui observe le groupe en silence et l’air absent, je m’enquis du sujet autour duquel tourne le débat.

« Il paraît que le nombril du Monde, c’est ici. « me dit-il perplexe. Perche sur la haute branche d’un arbre tout proche, le Grand Oiseau qui  avait entendu déploya ses ailes qui brillaient au soleil et s’envola dans un grand éclat de rire.

La tortue qui passe à mes pieds me salue fort civilement, à cinq cent pieds dans le ciel Blériot passait dans son avion.

A la maison, la girafe armée d’un immense plumeau a plumes d’autruche roses époussette les candélabres et l’amiral referme se braguette.

Bien sur, je fais mon petit tour pour saluer tout le monde au hasard des rencontres. Sur le lac, les poissons accueillent avec admiration le premier nénuphar qui vient d’éclore en ce début de printemps. Trois bébés poissons rouges sont nés m’annonce avec fierté le crocodile qui assure tout en dormant la surveillance des berges. Je croise le gendarme qui fait sa ronde tenant comme toujours sa bicyclette par le milieu du guidon. Il me confirme la parfaite quiétude des lieux. Je lui demande : « Sais-tu ou est le nombril  du monde ?  Non, me dit-il, je ne l’ai pas vu aujourd’hui, il ne doit pas être dans le coin. «

Sur le balcon d’une des maisons pour les oiseaux du ciel, le rouge-gorge me regarde avec tendresse.

Je rentre pour travailler. C’est vrai que mon palais est magnifique, le richesse est incommensurable même si elle n’est pas a moi, mes terres s’entendent a l’infini quels qu’en soient les propriétaires et je ne puis compter mes animaux et mes arbres et mon Amour prend chaque jour la séduction d’un mythe merveilleux.

Dans mon salon prive un trio de musiciens hindous joue des airs d’une  douceur extrême. Je continuerai à me renseigner mais je me demande si, tout compte fait, ce n’est pas ici le nombril du Monde.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Une coquetterie maladive m’interdit de faire mémoire des décennies accumulées  toujours enquête du Bonheur. J’espérais beaucoup dans la visite d’un marchand de tableaux pour lequel j’avais réalise un travail de haut vol. Le pays se meurt et la classe aussi quand, après de longues diatribes sur les difficultés des affaires, j’ai entendu des propositions d’une telle inconvenance que je les aurais refuse il y a cinquante ans. L’entretient ne s’est pas prolonge plus que le temps nécessaire pour lui ouvrir la porte pour sortir.

A midi, les cloches de la cathédrale de la principauté sont  mises à sonner tandis qu’un long cortège mené par Monsieur Albert et la negresse verte et comprenant  toute la communauté des sculptures  gravissent l’escalier qui mené a l’atelier. Les musiciens indiens grattent un instrument tenant le milieu entre le violon et la guitare accompagnant le cortège d’une musique joyeuse, le lonesome cow-boy chante tout seul au pied de l’escalier une inintelligible meloppee probablement texane  tandis que fige sur sa selle et fier comme Artaban Don Quichotte présente les armes. A la porte de la terrasse, le gendarme avec sa bicyclette ouvre la voie à la grandiose célébration qui devra se dérouler  au bord du lac. Tout le monde est la, un couple de danseurs évolue entre les bananiers, « The African Queen « est venue de sa lointaine résidence, le couple de voyageurs aide la tortue a gravir les marches qui partagent le parc. Impassible au bord de l’eau, le crocodile semble somnoler insensible a la sonnerie du téléphone par lequel des amis du dehors et de l’étranger manifestent leur sympathie. C’est chez l’un deux , prince des jardins de la ville que je serai convie ce soir pour un repas de fête tandis que par téléphone des Etats Unis, Ruthy me souhaitera un « Bon Anniversaire « avec son inimitable accent américain.

La surprise fut totale. Tout le monde est sur la terrasse qui surplombe la principauté, la petite vietnamienne était venue de Floride, L’American Footballer se tient au garde a vous le tête rentrée dans ses larges épaules,  comme un observateur de sécurité la mouche survole le parc en cercles hélicoïdaux, près de la cascade le Trumpet Player joue impassible et Madame Zulu tient le petit indien par la main, au milieu du lac le Flamingo se tient sur une patte et le boxeur en tenue de sport menace de ses mains gantées. Le Sailor, paraît-il s’était fait excuser et le petit écolier admire les prouesse du cow-boy qui tente de se maintenir en selle dans des impressionnantes figures de rodéo.

C’est au milieu de cette foule disparate que le cortège parvient a la pergola ou se tiennent Monsieur Gaetan fraîchement arrive des Etats Unis et Madame Loiseau  qui ont tous les deux pris place sur le banc.

Alors, en cet instant, sur une note suraiguë du Trumpet Player, tous les jets d’eau se déploient sur le lac tandis que je m’approche ému et admiratif. Des petites maisons sortent les oiseaux du ciel  entamant un concert de mélodies parfaitement désordonnées. Comme dans un show floridien, les poissons bondissent hors de l’eau autour des jets d’eau dans un parcours circulaire, les rosiers ont sorti les fleurs les plus représentatives de leur prestigieuse garde-robe, la lavande embaume et des centaines de petites oranges pendent aux branches des orangers a l’abri des larges feuilles de fiers bananiers.

Près de la table de marbre, auprès de la fontaine  dont la cascade ininterrompue et met un touchant gazouillis, je saisis un fauteuil, m’assieds et sèche une larme d’émotion et de reconnaissance, la gorge me serre, je dis simplement : Merci, je vous aime tous. Ce soir, chez le Prince des jardins de la ville, j’ai apporte une vieille bouteille de Pomerol Montagne Lalande 1968 de la cave de Ruthy, elle supplantait son absence avec prestige, nous l’avons bu a sa santé.

Comme  j’ai bien dormi !

Il est vrai que l’amour existe en ce monde  même s’il se présente quelquefois sous les espèces d’une essence extrêmement légère  et c’est le propre des parfums de se répandre dans un espace immense pour une quantité infime de matière. Il règne ici, ce matin un parfum de rose qui me rappelle le temps ou la fête-Dieu exaltait les rues des villes, le temps ou la procession se déroulait sur un tapis de pétales de fleurs de toutes couleurs recomposant de magnifiques tapis. Les braves gens avaient passe des heures à réaliser ces merveilles que le passage de la procession détruisait inexorablement.

Les angelots vêtus d’une petite chasuble  rose et portant sur la tête une couronne de roses, avaient, pendu a leur cou par un ruban rose un panier rempli de pétales de cette fleur magnifique, pétales qu’ils jetaient en l’air au signal impératif du claquoir manœuvre par un officiant préposé a  la bonne ordonnance de la procession. Celle ci était ouverte par le suisse que malheureusement nous ne voyons plus aujourd’hui. Comme c’est triste de penser que les enfants de la présente génération n’auront jamais vu de suisse d’église.

C’était presque toujours un Monsieur d’un certain age  ou qui paraissait comme tel. Il  portait  en travers de la tête un chapeau aux bords relevés  sur l ‘avant et  sur l’arrière .Ce chapeau était borde d’un large galon d’or couronne d’une opulente bordure de duvet blanc. Une longue redingote ouverte en arrondi sur le devant était aussi bordee d’or ainsi que ses larges manchettes. Les mains étaient gantées de blanc, la droite reposait sur la poignée ciselée d’une épée dont le fourreau était maintenu suspendu par un large baudrier qui lui barrait le torse en diagonale tandis que la main gauche tenait magistralement une longue canne surmontée d’un  pommeau d’ argent. Je me souviens aussi que les suisses, quand ils  ne portaient pas une culotte a la  française qui se terminaient dans des chaussettes blanches sur des mollets bien galbes, avaient alors toujours des pantalons trop larges qui tombaient en accordéon sur des vieilles chaussures noires sans forme. Et, j’oubliais de le dire, le suisse avait toujours une large moustache blanche.

Comme il était  beau le suisse de mes souvenirs d’enfance qui me revient en mémoire dans la brume du réveil alors que je sors de l’opaque étouffant de mes rêves et d l’ardente suavité que contractent les figures de mes visions. Mais la porte de la chambre ouverte par Monsieur Albert  effectuant son travail de majordome laisse passage à une sorte d’énorme  barbe a papa rose et vaporeux que surmonte une régate de bigoudis que recouvre un foulard de soie rose. Madame Loiseau avait dormi au palais. «  On ne peut pas se confier a quelque’ un  si on ne connaît pas la maison qu’il habite «   dit-elle en guise de justification.

«  Bonjour, me dit-elle,  le palais est d’un calme divin. Je t’ai promis un conte et je voudrais que tu ne te réveilles pas totalement et que tu te laisses imprégner de sa magie dans la nébuleuse du réveil. «

« «  Comme tous les contes, celui-ci commence par : Il était une fois. Donc, il était une fois dans les steppes du sud de la chine une cite du nom de Baicheng. Cela se passait aux environs de l’an 1500. Il y régnait un roi tendrement aime de tout  son peuple tant sa bonté était grande envers les paysans et les malheureux. Ses cavaliers parcouraient la campagne et les villages les plus recules dans la montagne pour distribuer des louis d’or et de l’aide aux plus défavorisés. Les mendiants avaient été recenses  pour que ses envoies puissent toujours les trouver pour leur apporter de la nourriture et des vêtements chauds en prévision de l’hiver qui, dans ce pays, durait chaque année de longs mois sous la glace et la neige. Le bon roi était, pour ce faire, très efficacement  aie de la reine, son épouse, dont la bonté n’avait d’égale que sa beauté.

Les richesses du roi étaient  innombrables, ses terres s’étendaient à l’infini et il ne pouvait compter ses troupeaux de chevaux et de moutons. Les murs de son palais étaient recouverts  de tapis apportes des pays lointains par des caravanes de chameaux. Au sol, devant des meubles cloutes d’argent dormaient des coussins multicolores, des peaux de tigres blancs et des tapisseries de laine aux multiples couleurs toutes tissées dans le pays. Le roi portait des habits de brocard et de fourrure et son bonnet était orne d’or et de pierres précieuses. Les mains fines de la reine étaient couvertes d’anneaux d’or montes de perles de couleur, d’émeraudes et de rubis et le roi aimait réunir dans ses mains également chargées de bijoux les frêles mains  de son épouse qu’il adorait.

La ville de Baicheng comptait, à l’époque, environs dix mille habitants et l’on voyait souvent le roi parcourir les marches  en compagnie de la reine et du chef de ses conseillers, un petit homme aux cheveux blancs qui se nommait Hu Ching Vu. C’était un médecin d’une rare sagesse qui avait les faveurs illimitées du roi. Il enseignait la tolérance et l’Amour avec une telle intelligence  qu’il savait se faire entendre aussi  bien dans les palais que dans la plus humble chaumière, seul le prince héritier   posait pour lui de nombreux problèmes car le prince était égoïste, paresseux , et bien que très beau, d’un abord désagréable. Jamais il n’arrêtait son cheval  pour aider un malheureux ou donner quelques louis à un mendiant, au contraire, il eut plutôt sorti son fouet. Cet état de choses contrariait vraiment le roi et il lui avait fait, à ce sujet, de  multiples réprimandes toujours restées sans effet. Le prince avait toutefois, il est juste de le dire, une profonde vénération pour la reine sa mère.

Un matin que le soleil brillait, c’était aux premiers jours du printemps, ses rayons frappaient les murs blancs du palais et, tout près, poussaient les premières fleurs jaune et or que l’on appelle les boutons d’or, la reine fit seller sa jument blanche et se lança dans la foret avec, en son cœur, la joie du renouveau printanier et la grâce de l’hirondelle. Amoureuse des plantes et des animaux, elle voulait joindre son jeune cœur a la renaissance de la nature et prendre l’air quelques heures avant de retrouver son mari bien-aime.

Le roi, pendant ce temps tenait conseil  dans la grande salle du château. Il siégeait  dans un grand fauteuil toujours garni de coussins  moelleux, il portait ses habits royaux    a galons d’or,  la couronne et le sceptre avaient été astiques et tout  cela avait grande allure.  Apres consultation  de Hu Ching Vu, son conseiller favori vu sa grande intelligence et sa grande sagesse, le roi repartit les bénéfices  mensuels du royaume, au millier de pauvres dont le conseiller s’était assure des vertus et des mérites.

« J’ai dit ! «  Dit le roi tandis qu’il se levait donnant conge au bon peuple dont les représentants présents exprimaient la gratitude. On attendit que la longue traîne bordee d’hermine ait franchi la porte de ses appartements pour clore les débats et tout le monde s’en fut heureux et reconnaissant.

La reine qui n’était sortie chevaucher que pour une heure ou deux n’était pas revenu lorsque le soleil encore pale entreprit sa descente vers l’ouest. Les oiseaux commençaient à  se rassembler dans les arbres proches du château comme ils le font journellement à la tombée du jour dans un incroyable concert de piaillements incontrôlés.  L’angoisse commença alors a prendre place dans le cœur du souverain qui donna l’ordre aux hérauts de rassembler toute la garde afin d’entreprendre  des recherches. Très vite, tout le pays fut en émoi, les vieilles sortaient leur mouchoirs et ecrasaient leurs larmes car tout le monde aimait la reine. Le peuple entier se répandit dans les champs, les forets et même dans la montagne appelant la reine Benedicte (car c’était son nom) avec tous les accents du royaume.

Une journée et une nuit passèrent sans résultat. La tristesse du roi était grande et il ne dormit point.

Des le lever du jour, le lendemain, le roi tenant un conseil exceptionnel, décida de faire venir des régions les plus reculées les oiseleurs les plus réputes car, comme il le disait fort justement,  les oiseaux qui volent voient tout. Il ordonna à ses coursiers de requérir les dresseurs de chiens  car on sait le flair de ces bonnes bêtes efficace  dans de telles recherches. Il  fut même promis aux chiens errants  une soupe hebdomadaire s’íls donnaient à la garde  des informations fructueuses. Très vite dans tout le royaume tout le monde se  mobilisait et les vieilles femmes préparaient des sacs de nourriture pour les chercheurs. Tout le peuple animal se dévouait chacun à sa façon, rats et souris fouillaient  chaque faille de rocher où scrutait chaque fissure dans les murailles.

Le bon roi était de plus en plus malheureux, Hu Ching Vu lui enseignant par l’intermédiaire du majordome (tiens, déjà lui !) les arguments de la plus grande sagesse philosophique  pour le réconforter lui faisant découvrir dans cette adversité l’intensité de ses sentiments. Il décida alors de sublimer son Amour en embellissant l ; es recherches  et ses hérauts parcoururent le pays pour proclamer que les recherches devaient refléter la beauté de la reine et l’Amour de son roi. Il organise alors des bataillons de papillons  qui sentent les corolles de toutes les fleurs pour y découvrir des indices, les enfants des écoles partent en brigades de recherches  encadres par leurs Maîtres qui leur font découvrir sous le vol des papillons multicolores la beauté d la nature quand  elle couronne la bonté et la solidarité. Les cuisiniers inventent les plats les plus apetissant  car on sait la reine gourmande, les cicognes laissant leurs oisillons a la garde des plus anciennes quittent les cheminées pour organiser des vols de reconnaissance, plus rapides et plus sveltes, des escadrilles d’hirondelles apportent tous renseignements recueillis  a un secrétariat des brigades volantes organise par le rouge-gorge qui, on le sait , fait des rapports pertinents a Monsieur Hu Ching Vu  devenu par sa grande connaissance philosophique le médecin du roi

Les fleurs elles-mêmes ne restent pas inactives et les roses qui se savent les fleurs favorites de la reine iront jusqu’à user de leur charme et de leur parfum pour séduire la fugitive ou, si elle est perdue, la retenir de leurs épines et la protéger.

Le fils du roi est parti sur son beau cheval alezan pour rechercher la reine. Il a sur son épaule un rouge gorge qui, toutes les heures vient rapporter au roi toutes les espérances. Le fils du roi est d’une grande beauté mais égoïste et cruel, c’était la seule peine de son père. Un jour qu’il traverse une épaisse foret, il rencontre une vieille vêtue de haillons a qui il refuse la charité. C’est une sorcière qui décide d’autant plus de lui faire payer sa cruauté qu’il est jeune et beau  alors qu’elle est vieille et laide. Elle lui jette donc un sort  et le change en berger a l’esprit limite. Il mène alors la vie simple des bergers découvrant la nature, la beauté pure des fleurs des champs et dort la nuit enfouie dans la laine de ses moutons. Sa jeune beauté s’épanouit dans la nature qu’il découvre et dans l’amitié des pauvres et des paysans qu’il ne manque pas d’aider dans leurs travaux pénibles et dans l’adoucissement de leurs misères.

Le rouge-gorge revenu au palais rapporte au conseiller Hu Ching Vu la transformation du jeune homme ce qui procure une grande joie au roi qui découvre par les rapports du rouge – gorge  que son fils qui était si égoïste a acquis sagesse et bonté dans sa simplicité d’esprit et est devenu amoureux des plantes et des animaux avec lesquels il partage ses recherches pour l’amour de son père et de sa mère.

Le roi est émerveille de tout ce qu’il voit se faire pour lui et pour la reine et y découvre un grand bonheur. C’est un Amour nouveau qu’il n’a jamais soupçonne. Il croit maintenant que la reine a subi un sort et est certain que dans tout son peuple se manifestera quelque fée qui détruira l’effet néfaste d’une sorcière. Il fait mander d’urgence le roi des papillons, animal favori des fées qui lui promet de réussir cette prouesse.

Il fait alors refaire, au château, les appartements de la reine. Tout est de couleur rose et dore a la feuille, il fait venir de tous les pays les meilleurs confiseurs car, nous le savons, la reine est fort gourmande et pour les papillons du royaume il fait construire une volière géante dont le grillage est en or.

Pendant ce temps, le prince qui, on le sait est transforme en berger au raisonnement simple, accueilli avec tendresse par les paysans dont il découvre les joies et partage leurs peines se lie d’amitié avec une mésange au pouvoir surprenant. N’a-t-elle pas le pouvoir, par des vocalises enivrantes de l’endormir le soir quand il se blottit au chaud dans la laine mousseuse de ses deux plus belles brebis ?

Des larmes de joie coulent des yeux du roi quand Hu Ching Vu instruit par le rouge gorge lui rapporte ce détail.

Un soir que notre berger, aide de son chien, un petit bâtard roux répondant au nom de Bahia, avait regroupe son troupeau pour la nuit, il fut surpris d’entendre la mésange qui généralement ne chante pas  a la tombée de la nuit, entamer un chant si bouleversant qu’il laissait transparaître une sorte d’angoisse. Scrutant les arbres d’alentour pour y retrouver l’oiseau, quelle ne fut pas sa surprise de voir, au pied d’un vieux chêne, dormant sur la mousse, une petite fille belle comme une rose mais vêtue de pauvres haillons. Ses pieds étaient nus et  des longs cheveux noirs encadraient un adorable visage. Stupéfait, il la prit dans ses bras et la déposa sans la réveiller entre deux agneaux à la laine tendre et soyeuse.

Dans un arbre proche, le rouge-gorge et la mésange avaient trouve  un nid.

La voix de Madame Loiseau, douce et mélodieuse me maintient dans un état de somnolence voisin du rêve. Je garde les yeux clos tout à la magie du conte sans voir  qu’a pas feutres des personnages timides et discrets se simulent dans la chambre. L’un d’eux, j’ai su après que c’était  le travesti, lui sert son thé dans une tasse rose de porcelaine de Sèvre avec une théière en argent

« Ne t’éveilles pas, me dit –elle, laisse moi te faire de couvrir un visage de l’Amour que tu ne connais pas, celui qui, venu de toi reviendra du fond de toi-même pour finir comme la rose en apothéose. «  Je ne réponds pas tout à la magie du moment.

Le bruit cristallin de la petite cuiller  tournant dans la tasse apporte au silence une ponctuation musicale.

On sait combien impuissante est la parole humaine pour exprimer l’irrationnel. Le vrai visage de l’írrationnel est le silence. Les symboles dont le rayon d’action est infiniment plus vaste servent ce but mieux que les paroles, ils pénètrent profondément l’âme qu’ils fructifient en silence tandis que la parole ne fait que fleurer. Je vis la personnalisation des symboles qui embellissent le frêle cerveau de mes sujets, je vis l’apothéose de l’hallucination sans limite pour la sublimation du plus beau sentiment humain, je constate que loin de la logique cartésienne s’exprime une vision de l’amour qui procède d’une intuition presque mystique.

Pour comprendre l’Amour et la démesure qu’y apporte mon peuple naïf, primaire et simple, j’aime ce peuple incapable de trahison, je crois désormais à la logique  pure des esprits simples et chez ce peuple des objets et des animaux, j’écoute d’abord leur silence.

Madame Loiseau parle des rêves du bon roi qui ne sait pas que son trésor est en lui-même, elle parle de signes et ce sont ces signes qui me portent vers les êtres simples. Désormais, je fais partie de la légende de l’Amour et je poursuivrai dans la voie qui m’est mystérieusement enseigne et ou j’apporterai moi-même ce que j’étais venu chercher. Hu Ching Vu décidait que la tradition devait être maintenue en toute circonstance et imprima dans le cerveau d’acier du majordome toute la vitalité de sa propre sagesse avec les pouvoirs qui y étaient attaches.

J’assiste impassible a cette mutation, convaincu  de bien-être  et éclabousse de tendresse et mon cœur est la ou se trouve l’Amour. De plus en plus, certes, j’aime un mythe, c’est ma seule survie et ma seule espérance. Il n’y a aucune raison pour aimer.

Alors il y eut des sons dans le cœur de ma nuit, je sens le palais ému  par des mouvements insaisissables et mon peuple du silence se fond dans le récit de Madame Loiseau alors que , dans mon sommeil, je saisis de cette poésie un pétale égare. J’admire et je m’étonne, Quel don m’est- il fait la ?

Le rouge-gorge chante dans l’espace  embrume et le parfum de la rose me parvient dans la douceur du matin.

Madame Loiseau a repose la tasse  de porcelaine de Sèvre, elle s’imprègne de l’air matinal  comme un virtuose savoure un arome pour enrichir un hymne d’Amour avec une fleur pour récompense inondant mon sommeil d’un sourire. Comme sur le rivage d ‘un monde indéfini, le petit peuple s’est assemble pour la suite de l’histoire.

J’écoute.

Le fils du roi rassemble son troupeau pour une longue transhumance. Avec douceur, il réunit les brebis et leurs agneaux, place les males en tête pour ouvrir la voie à la troupe qui devra franchir les pentes arides des montagnes, franchir les gués des rivières  et trouver les vallées ou l’herbe est tendre et nourricière.

De nombreuses lunes l’ont vu  entourer d’attention et de tendresse la petite inconnue qui maintenant lui est  la compagne la plus douce et le plus émouvant don du ciel. Les animaux, bien sur,  ont ressenti le bonheur qui envahit le troupeau. La route sera longue mais belle pour offrir au roi le plus beau troupeau de son royaume. En dépit des efforts de tous, nul oiseau, nul animal n’a pu surprendre la reine et l’amertume du roi est toujours vive. Le jeune couple de bergers tentera donc par la force de leur amour d’adoucir cette peine.

Au palais, le roi consulte. Les agents spéciaux envoyes a grands frais n’ont pas trouve la fée porteuse des espérances royales .On a bien relevé la présence de quelques fées qui se produisaient dans les foires de villages mais aucune ne put être authentifiée par le général des papillons dont les volatiles soldats sont, on le sait, les favoris des fées. C’est par le bavardage inopiné, lors de son retour a la ruche, d’une abeille qui, les jours précédents butinait une rose au flanc de la montagne, que l’on apprit l’existence d’une jeune fée qui répandait ses bienfaits de l’autre cote des cimes enneigées.

La procédure pour que l’information arrive jusqu’au roi avait demande un certain temps. En effet, l’abeille, une simple ouvrière tenait le renseignement d’une rose qu’elle butinait. De retour a la ruche, elle en avait informe la reine de la ruche qu était alors occupée  par quelques centaines d’ouvrières. Elle parvint toutefois, au prix d’une longue patience a faire passer son  information et il fut décide que le bourdon qui  était alors bien en cour  aurait la charge de faire part au rouge-gorge, personnage accessible,  de l’existence de la jeune fée des montagnes.

I quitta la ruche au lever du soleil et a midi, le rouge-gorge informait le Docteur Hu Ching Vu  de cette prodigieuse espérance.

Moins d’une heure après, les grilles d’or de la volière  des papillons s’ouvrirent en grand  laissant passer une fantastique escadrille qui comprenait les espèces les plus colorées et les plus artistiquement chamarrées. Ce fut un spectacle éblouissant que ces milliers de papillons dont les couleurs embrasaient le ciel prenant leur vol vers l’est avec à sa tête le général des  papillons arborant avec fierté l’oriflamme éclatant des couleurs de son armée.

Au sol, un troupeau de moutons qui franchissaient un col entre deux montagnes, fit halte sur un signe d’un jeune couple de bergers qui se tenaient par la main fascines par cette féerie  de couleurs qui embrasaient le ciel. Deux heures après, sur un coup de baguette magique, la petite fée était aux cotes du roi.

Celui-ci avait fait préparer à son intention la plus belle suite du palais. Sous un grand baldaquin de gaze de soie rose la fée prit quelque repos pour apaiser la fatigue du voyage et elle ne se réveilla qu’a la tombée de la nuit pour assister dans le jardin royal au fabuleux repas que le roi offrit en son honneur. Le jardin était éclaire comme en plein jour par quatre cent soixante seize mille vers luisants, cinq cent pingouins en habit assuraient le service  et on mangea huit cent cinquante yaourts. La fin du repas fut saluee par un feu d’artifice qui célébrait le retour de la flottille des papillons dont les fastueuses couleurs brillaient dans la lumière.

Alors, se levant, la petite fée, désignant de sa baguette une étoile qui brillait plus que les autres dans le firmament, dit au roi :

« Tu avais  dans le cœur une fleur serree qui n’osait pas s’ouvrir, Tu l’as vu s’ epanouir sur le pas de ta porte. Ton Amour est dans le devenir et non plus dans la possession. La reine est cette étoile au bout de ma baguette, elle est la lumineuse conscience de votre Totalité.  Aimes la de plus en plus, c’est alors que dans ton cœur la joie rayonnera et que ton Amour s’étendra sur Tout dans la fraîcheur de cette étoile transparente. «

On n’entendit plus que le grondement des nuages.

Alors le roi reprit son travail de roi. Ses yeux étaient  tristes, le soir, quand ils s’élevaient vers les étoiles.

Le prince arriva au palais le lendemain avec tout son troupeau en tenant par la main une petite bergère aux longs cheveux noirs.

Il y eut une grande fête au palais.

Le prince demeura un berger à l’esprit simple et la bergère aux cheveux noirs lui donna de beaux enfants.

Le roi tendait de plus la main aux pauvres et il s’endormait le soir dans l’Amour d’une étoile.

Madame Loiseau boit son thé, au sol, le crocodile verse des larmes.

Alors, j’ouvre les yeux. Une petite foule disparate s’éloigne en silence. Les cavaliers d’abord, Lucky Luke sur son cheval mâche son éternelle cigarette suivie de Don Quichotte le front haut  et drape de dignité tandis que le Lonesome cow-boy regarde le ciel. Avec fatalisme. Je remarque Monsieur Albert tenant par la main la negresse verte, Moise avec ses tables de la Loi est perdu dans la foule curieusement accompagne de la petite  bretonne. Je remarque le boxeur et les musiciens asiatiques , la negresse bleue, le champion du rodéo, l’American Footballer, Monsieur Gaetan, j’en  oublie, bref, ils sont tous la et repartent avec  bonheur et fatalité  vers leur histoire ou il n y a plus ni passe ni présent.

La fête est finie et chez mon petit peuple, le monde de l’esprit reprend sa place enveloppant chacun de paix et de mystère.

Le cormoran, l’ibis, le pélican blanc et le chien assis sur son derrière contemplent placidement ce long défile de l’intemporel.

Tandis que je laisse passer la tortue qu’accompagne le crocodile, je me sens pris par la main par Madame Loiseau enfin sortie de sa tasse de thé :

Vois-tu, me dit-elle, ce petit peuple est heureux car leur essentiel est l’esprit. Ils vivent ton Amour pour toi qui, comme le bon roi, aimera désormais une étoile. Leur vie est esprit comme la tienne le devient. T u as fait ta valise et pars désormais vers le monde  du rêve, du mythe et de l’esprit. La mort est vaincue car il s’agit maintenant de se l’apprivoiser. Il n’y aura plus de mort mais simplement, un jour de grande fatigue, tu t’endormiras tout simplement. Pour l’instant, comme le bon roi, tu vas vivre ton Amour dans le rêve et le faire croire et grandir à travers eux au souffle du Maître Hu Ching Vu dans une longue et somptueuses fiançailles avec la mort que tu ne craindras plus.  Sculptures de métal, tes amis ne vieillissent pas mais  t’apportent  journellement des radiations d’Amour.  Cela seul compte.

Ton étoile te rendra  tôt ou tard l’Amour que tu vas continuer a lui donné. Aimes, aimes toujours avec le support naïf et généreux de ton peuple. Il y aura de plus en plus de roses dans ton jardin. T connais mon adresse et la philosophie du Maître. Cultives  de plus en plus ton Amour, nous le ferons éclore.

Le visage rose s’approcha  alors délicatement de moi  et Madame Loiseau, avec une maternelle tendresse, déposa sur ma joue un baiser d’une douceur extrême qui m’atteignit aux larmes.

Un soleil somptueux illuminait la principauté  le lendemain matin lorsque je montais a l’atelier assument le travail de création  qui assure la survie de mon peuple. Je saluais les uns et les autres au hasard des rencontres et recevais en retour des expressions  de la gentillesse habituelle. Je me surpris a choisir comma musique pour  m’accompagner  la fraîcheur d’u  opéra de Mozart et c’est avec « la flûte enchantée «  que j’entamais ma journée. C’était , en effet, surprenant  car si je m’accompagne toujours de musique classique tandis que je travaille,je choisis généralement les accords d’une musique plus grave comme des lieders de Schubert, de la musique liturgique ou des opéras avec la merveilleuse Callas, les requiems enrichissant mes jours les plus sombres.

Je baignais alors  dans une étrange serenite bien décide à me fondre dans cette vie de l’esprit qui réussit si bien à mon petit peuple. Je donnais  au majordome des instructions dans ce sens  et reprenant mes pinceaux je me laissais emporter avec ferveur dans ma création.

C ‘est d’abord, pour l’éveil de l’œil, l’indispensable visite à mes rosiers  et autres fleurs du jardin, la grâce et les couleurs des poissons qui brillent dans les reflets de l’eau du bassin et génèrent un bien-être propice à la création artistique.

Quelques oiseaux viennent me saluer, enfin c’est le départ pour l’émotion du graphisme  et de la couleur. Mozart est précieux ce jour la.

Alors émerge en moi la conscience d’un départ. Il faut faire sa valise et partir vers le monde du rêve, du mythe et de l’esprit. Avant tout, je me dois de connaître ce monde fabuleux qui existe autour de moi et dont je n’ai jamais subodore la réalité. S’ils n’ont pas de mémoire, ces plantes, ces animaux et ces objets ont une grande charge d’amour et ils évoluent dans la seule grâce d’un calendrier de la nature auquel ils sont inconsciemment soumis. Dans cet état de fait, ils assument leur vie sans haine  et le seul sentiment qui les guide est l’amour. Certains, comme mes sculptures de métal ne conaissent pas le vieillissement bien qu’ils ne soient pas exemptes a plus ou moins longue échéance d’un mort a laquelle ils ne savent pas penser. Ce n’est pas le cas pour les plantes et les animaux   qui vieillissent naturellement pour finir par mourir toujours dans la plus parfaite discrétion et le plus grande dignité. Ces derniers ont en contrepartie, par rapport aux objets, de pouvoir procréer, dérisoire résistance a la mort….

Tous ont ici une vertu essentielle, la dignité. C’est principalement chez les animaux, a l’heure de la mort, que cette vertu prendra toute sa valeur puis qu’íls se cacheront pour mourir et ce n’est pas sans émotion que j’écris ces lignes en pensant a mon amie Ariane dont j’avais parle au début de ce livre  qui a quitte la fabuleuse péniche ou elle vivait a Neuilly pour aller, sans prévenir personne, voici quelques semaines, mourir toute seule dans un hôpital. En fait, Ariane était probablement un oiseau.

Ses amis, comme moi-même, n’ont appris sa mort que par le laconique message de la compagnie du téléphone disant que son numéro n’existait plus.

Discrète oraison funèbre.

Je vais donc maintenant comprendre ce que signifie cette vie de l’esprit qui mène mon petit peuple. Je vois une vie intemporelle dans la principauté, une vie calme, naturelle, sans politique, sans les verbiages des radios et télévision et sans administration l’évolution des événements n’étant réglée que par la suite des choses. Je voyagerai  dans mon carrosse dore de prince au milieu de leur poésie et surtout de leur légende qui me les rend si attachants mais surtout de leur art car ces êtres innocents et discrets sont de très grands artistes.

Quel merveilleux voyage je me prépare a faire avec mon petit peuple qui me fait entrer progressivement dans la vie de l’esprit sans adieu ni amertume mais par le canal des légendes et cultes mythiques qui m’amènera par une immiscions dans leur vie secrète et l’adoption de leur imaginaire  a des fiançailles avec la mort dans une légende d’amour.

Il y a bien longtemps, la ou se trouve actuellement la principauté, s’étalait une vaste foret car le pays, alors, était tout couvert de forets. Les essences des bois les plus rares côtoyaient des fleurs maintenant disparues, les ailes des libellules géantes scintillaient aux rayons du soleil au milieu d’une variété d’oiseaux aux chants mélodieux. Des cerfs majestueusement couronnes accompagnaient des biches délicates parmi les milliers d’animaux du foret et tout ce petit monde vivait en paix.

Je m’éveille sur un lit de mousse au pied d’un chante vénérable. L’air est d’une douceur extrême et les respirations de la foret laissent filtrer le chant d’un oiseau qui a dans son  organe une clarté vive, une justesse de ton, un je ne sais quoi d’harmonieux et de vibrant qui remous et caresse le cœur. Autour de moi les plus belles fleurs s’ouvrent au matin. Il semblerait que le jour les effleure en s’unissant a elles ou qu’il s’échappe d’entre leurs pétales une lumière plus vive que la lumière même  puis une ombre passant sur  cette douceur y produit une sorte de couleur qui en varie les expressions en en changeant les teintes.

Moi qui réclame un instant, je reçois toute la journée, moi qui demande une voie, je reçois tout le chemin.